La IVe République (1946-1958) : Histoire et Crises

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La IVe République (1946-1958)

En 1945, la France sort de la guerre dans une situation économique et politique très difficile : le pays est exsangue avec 635 000 morts, les deux tiers du réseau ferré détruits et un rationnement maintenu jusqu’en 1948. Sur le plan politique, une unité nationale existe autour de la Résistance et de De Gaulle, mais des risques demeurent : désordre politique, luttes internes et forte influence du Parti communiste.

La reconstruction et le GPRF

Pour reconstruire le pays, Charles de Gaulle met en place en juin 1944 le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) réunissant partis politiques et Résistance. Des commissaires de la République sont envoyés sur le territoire afin de rétablir l’autorité de l’État, ce qui permet le désarmement des mouvements de résistance et la stabilisation politique. La reconstruction passe aussi par d’importantes réformes économiques et sociales :

  • Nationalisations (banques, énergie avec EDF-GDF, transports aériens avec Air France, entreprise Renault)
  • Création du Commissariat au Plan
  • Mise en place des comités d’entreprise
  • Restauration de la liberté syndicale
  • Création de la Sécurité sociale assurant soins médicaux et retraites

La naissance du régime

La vie politique se réorganise avec le retour des grands partis : SFIO, PCF, MRP, radicaux et modérés. La question institutionnelle provoque toutefois une rupture avec De Gaulle. La première Assemblée constituante (1945), dominée par le trio SFIO-PCF-MRP, entraîne sa démission. Après le rejet d’un premier projet constitutionnel en mai 1946, une nouvelle constitution fonde la IVe République, régime parlementaire dominé par l’Assemblée nationale. Opposé à ce système, De Gaulle expose sa vision dans le discours de Bayeux (16 juin 1946), mais la constitution est finalement adoptée par référendum le 13 octobre 1946 (53 %).

Atouts et début des Trente Glorieuses

La IVe République présente d’abord plusieurs atouts : la constitution apporte des avancées sociales (droit au travail, égalité hommes-femmes, comités d’entreprise, Union française). Sur le plan économique commencent les Trente Glorieuses, avec une croissance industrielle d’environ 6 %, la modernisation agricole, le baby-boom, les politiques natalistes, l’aide du plan Marshall et une forte productivité. Politiquement, le tripartisme PCF-SFIO-MRP assure une certaine stabilité.

Difficultés majeures et instabilité

Cependant, ces réussites sont vite masquées par des difficultés majeures : le PCF passe dans l’opposition durant la guerre froide, de grandes grèves (1947-1948) éclatent, De Gaulle crée le RPF (1947) et l’instabilité gouvernementale s’installe avec 21 gouvernements en 12 ans, favorisant la contestation politique comme le mouvement de Pierre Poujade. Le contexte international fragilise aussi le régime : débuts difficiles de la construction européenne (CECA 1951, crise de la CED), et surtout échec de la décolonisation avec la guerre d’Indochine, conclue par la défaite de Diên Biên Phu (7 mai 1954) et l’arrivée au pouvoir de Pierre Mendès France.

L'espoir Mendès France

L’expérience de Pierre Mendès France représente un espoir de redressement. En juin 1954, il forme un gouvernement d’union, gouverne activement et mène un programme de modernisation économique et de règlement des conflits coloniaux. Les accords de Genève (20 juillet 1954) mettent fin à la guerre d’Indochine et des négociations sont engagées avec le Maroc et la Tunisie, tandis que la position reste ferme sur l’Algérie. Malgré ses projets de renforcement de l’exécutif, son gouvernement tombe après sept mois face aux critiques politiques.

La chute : la guerre d’Algérie

La guerre d’Algérie, déclenchée le 1er novembre 1954 par le FLN, porte le coup fatal à la IVe République. La violence du conflit (attentats, torture, répression) dégrade l’image internationale de la France et provoque une crise morale profonde. Le gouvernement de Guy Mollet intensifie la guerre avec l’envoi massif du contingent (jusqu’à 400 000 soldats), mais l’impopularité du conflit entraîne sa chute en 1957. La crise finale survient le 13 mai 1958 lorsque la nomination de Pfimlin déclenche une insurrection à Alger. Les militaires et partisans de l’Algérie française créent un Comité de Salut public et réclament le retour de De Gaulle. Face au risque de guerre civile, celui-ci est investi Président du Conseil le 1er juin 1958 et obtient les pleins pouvoirs pour rédiger une nouvelle constitution, ouvrant la voie à la Ve République.

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