Les Maîtres du Roman de la Génération de 98
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Avant la nouvelle
Azorín (1873-1968)
Azorín a évolué d'un anarchisme de jeunesse vers un conservatisme très marqué. Ce qui est frappant dans ses romans, c'est que les frontières entre l'essai et le roman sont floues. Dans ses œuvres, l'intrigue est moins importante et semble plutôt servir de prétexte pour lier des scènes ou présenter une galerie de personnages. Ses ouvrages majeurs incluent La volonté, Confessions d'un petit philosophe et Doña Inés. La langue y joue un rôle clé, car le style est très lent et clair. Sa technique de description est celle d'un miniaturiste accompli, faisant preuve d'une immense richesse de vocabulaire.
Valle-Inclán
Chez Valle-Inclán, on observe une évolution du modernisme vers le grotesque (l'esperpento) dans le roman. Dans sa période moderniste, les femmes sont au cœur de son œuvre, ce qui se poursuivra avec Fleur de la sainteté ; c'est la première œuvre où apparaît l'environnement galicien. Cependant, ses œuvres les plus importantes restent les Sonates, dont le marquis de Bradomín est le protagoniste, servant de lien entre les quatre romans suivants : Sonate d'automne, Sonate d'été, Sonate de printemps et Sonate d'hiver. Il s'agit d'une prose belle, riche et sensorielle.
Plus tard, des environnements, des situations et un traitement du langage annonçant l'esperpento émergent. On note la trilogie de la Guerre carliste : Les Croisades de la cause, La Lueur de l'incendie et Gerifaltes d'antan. Il y existe un contraste entre l'héroïsme romantique des carlistes et un réalisme plus cru lié à la guerre. Ce même contraste se retrouve dans le style : à côté d'une belle prose soignée apparaît une langue plus rude et difficile. Dans les années 20, avec l'avènement de l'esperpento, il écrit Tirano Banderas. L'influence de ce roman sur la littérature hispano-américaine a été majeure, car elle a conduit au cycle du dictateur avec des œuvres comme L'Automne du patriarche, Monsieur le Président et Moi, le Suprême. Enfin, il faut mentionner le cycle de L'Anneau ibérique, qui ridiculise la cour d'Isabelle II : La Cour des miracles, Vive mon maître et Baza d'épées.
Miguel de Unamuno
Unamuno a exploré tous les genres littéraires. Il est l'un des innovateurs les plus déterminés du roman du début du siècle. Tous ses romans sont une projection de sa personnalité littéraire. C'est pourquoi ses personnages sont souvent une simple incarnation de ses idées et de ses sentiments. Après son premier roman, Paix dans la guerre, écrit avec une technique réaliste, l'auteur s'éloigne de ce qu'il appelle le « réalisme trompeur des apparences » pour se concentrer sur ce qu'il considère comme le réalisme authentique : la réalité intérieure de l'âme des personnages. Cela le conduit à un changement de technique, qualifiant son écriture de « vivipare ». Ce changement donne naissance à une nouvelle manière d'écrire des romans : la « nivola ». Les caractéristiques, présentées dans un chapitre du livre Brouillard, sont les suivantes :
- Renoncement à tout type de préparation : l'auteur écrit sans plan préétabli, quoi qu'il arrive.
- Élimination de la description : il renonce à toute référence au paysage, aux lieux et aux circonstances entourant les « agonistes ».
- Le personnage principal passe du statut de protagoniste à celui d'« agoniste ».
- Importance capitale des dialogues et des monologues (ce qu'Unamuno appelle l'« auto-dialogue »).
Pío Baroja
Baroja est le romancier par excellence du groupe de 98. L'Arbre de la connaissance est l'œuvre qui le définit le mieux et qu'il considérait comme son meilleur travail. Baroja était connu pour son scepticisme radical. Pour lui, la vie humaine n'a pas de sens et il n'a pas confiance en l'homme. La racine de ces idées se trouve chez Schopenhauer : il apprend que la nature de la vie est la souffrance, celle-ci étant directement proportionnelle à la conscience intellectuelle de chacun. La solution proposée était l'ataraxie, un état de contemplation calme et indifférent face à tout ce qui nous entoure.
Sa théorie du roman
Elle se résume ainsi :
- Le roman est un « sac où tout tient », un genre perméable.
- Il ignore totalement la composition rigide et soutient que le roman peut se passer d'intrigue.
- Les qualités suprêmes du romancier sont l'imagination, l'invention et l'observation attentive de la vie.
Technique et style
- Ses romans n'ont qu'un cadre central, sans sous-thèmes complexes.
- Autour du personnage central gravite un petit groupe de parents ou d'amis pour souligner, par contraste ou similitude, le caractère du protagoniste.
- Surabondance de dialogues très courts et de descriptions agiles des modes de vie.
- Abondance de personnages secondaires qui traversent la scène rapidement pour l'animer ; ce sont des personnages représentant des attitudes sociales ou que Baroja caricature directement.
Style : Sa prose est rapide, nerveuse et vive. Il utilise sans cesse la phrase courte et le paragraphe bref, ce qui donne un style très dynamique et vivant, même dans les descriptions. Baroja fut un écrivain prolifique, ayant l'habitude de regrouper ses romans en trilogies, comme La Lutte pour la vie (comprenant La Quête, Mauvaise herbe et Aurore rouge).
Dans La Lutte pour la vie, il décrit les dures conditions de vie à Madrid au début du siècle de manière très réaliste. Entre 1913 et 1935, l'auteur se consacre à la composition d'une série de 22 romans historiques relatant les aventures d'Eugenio Aviraneta, un ancêtre de sa mère. Ce personnage incarne le type même de l'aventurier du XIXe siècle. Ces romans sont connus sous le titre collectif de Mémoires d'un homme d'action.