Le Manifeste de Primo de Rivera : Analyse et Contexte

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Le général Primo de Rivera a commenté la nature du document : ce fragment est un extrait du « Manifeste pour le pays et l'armée » de Miguel Primo de Rivera, publié dans le journal The Times le 13 septembre 1923, lors de son coup d'État militaire. Miguel Primo de Rivera est l'auteur de ce document politique qui s'adresse à tous les Espagnols, et en particulier à l'armée.

Lorsqu'il a publié la déclaration annonçant sa prise de pouvoir, Primo de Rivera était capitaine général de la Catalogne. Il possédait une intense expérience militaire acquise durant la période de la Restauration, ayant participé aux guerres à Cuba, aux Philippines et au Maroc. Avec ce coup d'État militaire, mené sans effusion de sang et sans pratiquement aucune opposition politique, il établit une dictature soutenue par le roi Alphonse XIII, la bourgeoisie (notamment catalane, en quête d'ordre pour mettre fin au gangstérisme et aux attentats terroristes), l'oligarchie, l'Église et, de façon surprenante, une majorité du PSOE dirigée par Francisco Largo Caballero.

Nous pouvons situer cette lettre au début de sa dictature, qui a duré de l'année 1923 jusqu'en janvier 1930, date à laquelle il a présenté sa démission avant de s'exiler en France.

Ce document fournit des clés pour examiner les raisons de son coup d'État et nous permet d'entrevoir ses opinions politiques. Il est écrit dans un ton ampoulé et rhétorique, empreint de patriotisme et d'une volonté de « sauver l'Espagne ».

Les idées principales du manifeste

- IDEAS : Primo de Rivera commence son manifeste en justifiant la nécessité de ce soulèvement militaire car, à son avis, la situation du pays l'exigeait. Il est conscient que son comportement est illégal, mais il note qu'il y a eu un tollé général demandant une solution urgente aux graves problèmes d'immoralité et de misère dont l'Espagne souffrait. À son avis, tout le mal a commencé en 1898, faisant clairement allusion à la catastrophe de 98 qui signifia la perte des colonies : Cuba, Porto Rico et les Philippines. En outre, il considère que s'il n'agit pas, la situation deviendra encore plus dramatique, craignant une fin tragique. Peut-être annonçait-il déjà la guerre civile ?

Il lance alors une critique acérée contre la corruption rampante, très répandue selon lui au sein de la classe politique. Il lance également ses dards contre le turnismo qui, comme nous le savons, était le système en vigueur créé par Cánovas sous la Restauration. Ce système consistait en l'alternance pacifique entre les deux partis bourgeois (conservateur et libéral) ; pour ce faire, ses dirigeants, en collusion avec le roi, truquaient les élections. Une fois au pouvoir, Primo de Rivera supprima le turnismo.

Enfin, il présente en détail tous les problèmes de l'Espagne, dénonçant l'ineptie et la corruption des politiciens. Il estime que le temps est venu de prendre le pouvoir, impliquant le soutien de l'armée et du peuple espagnol. Il constate que « nous gouvernerons en général » (référence à l'armée) ou avec des « hommes civils » partageant la même idéologie. Parmi les maux qui secouent le pays, il souligne : les assassinats, les vols, le détournement de fonds publics, le problème du Maroc, l'« indiscipline sociale », le nationalisme séparatiste et le communisme, qu'il place comme des ennemis à combattre.

Le contexte historique de la dictature

- Le contexte historique : En effet, la dictature de Primo de Rivera est survenue dans le but de résoudre tous ces problèmes. Il est apparu comme le « sauveur » du pays et fut surnommé le « chirurgien de fer ». Bien qu'il ait affirmé ne rester au pouvoir que 90 jours, il y resta finalement six ans. Cette étape fut caractérisée par un régime politique autoritaire, avec un programme de gouvernement régénérateur, traditionnel, conservateur et catholique. Il était farouchement anticommuniste et anti-séparatiste. Il créa en 1924 l'Union Patriotique, qu'il définissait comme « un parti politique mais apolitique », souhaitant qu'il soit l'épine dorsale de sa dictature. Paradoxalement, il définissait son système de gouvernement comme une « dictature démocratique ».

Cette étape se divise en deux périodes : la première fut le Directoire militaire (1923-1925) et la seconde, le Directoire civil, qui coïncida initialement avec le pic de popularité du dictateur après le débarquement d'Alhucemas (1925), et dura de 1926 jusqu'à sa démission en 1930. En synthèse, la période de Primo de Rivera fut caractérisée par la répression des mouvements ouvriers (anarchisme, communisme), la censure de la presse nationaliste, l'abrogation de la Constitution de 1876, la dissolution du Parlement et la fin du turnismo.

En politique étrangère, il se concentra sur l'établissement de relations avec le Portugal et l'Amérique latine, admirant avec nostalgie l'époque de l'Empire espagnol des XVIe et XVIIe siècles. Sur le plan économique, ce fut sa période la plus fructueuse, coïncidant avec l'euphorie internationale de la Belle Époque ou des « Années folles ». Primo de Rivera fonda sa politique sur un protectionnisme extrême. Il réalisa d'ambitieux travaux publics et une politique de l'eau, tandis qu'une expansion industrielle se produisait avec la création de grandes entreprises monopolistiques (Telefónica, Campsa, Iberia, etc.). La pacification du Rif africain, avec l'aide française, fut également l'un des points les plus importants de sa dictature.

Enfin, le dictateur perdit ses soutiens (bourgeoisie catalane, PSOE, etc.). La situation économique commença à se détériorer sous l'impact négatif du krach de New York en 1929 et d'un déficit record. Malade et seul, il démissionna et s'enfuit en France en janvier 1930, où il mourut peu après. Son successeur, le général Berenguer, ne sut pas orienter l'Espagne vers une démocratie constitutionnelle. Berenguer fut remplacé par l'amiral Aznar, qui convoqua les élections municipales du 12 avril 1931, interprétées comme un plébiscite entre monarchie et république. Le 14 avril, la Seconde République espagnole fut proclamée, entraînant l'exil du roi Alphonse XIII.

Conclusion sur le document

En conclusion, ce manifeste, qui est une source historique de premier ordre, expose les causes qui ont conduit le général Primo de Rivera à effectuer un coup d'État et à établir une dictature de six ans.

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