Le matérialisme historique et la critique du capitalisme
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La vision marxiste du système politique et juridique
Du point de vue marxiste, le système politique et le système juridique servent les intérêts des nantis et contribuent ainsi à perpétuer l'exploitation. La politique est une activité privilégiée, réservée à quelques-uns, qui sont aussi des experts en droit, responsables à la fois de l'appui d'un ordre social en leur faveur. De même, les produits culturels essaient de divertir ou d'anesthésier la conscience du prolétariat ; tout ce qui ne les oblige pas à résoudre leurs problèmes ni à prendre conscience de leur situation sera facilité par l'infrastructure.
Le fonctionnement du capitalisme
Comment fonctionne le capitalisme alors ? L'infrastructure et la superstructure se renforcent mutuellement. L'infrastructure crée et maintient une superstructure qui contribue à son autonomisation : la relation circulaire entre les deux s'établit désormais avec le passage du temps. Cependant, Marx est convaincu que la contradiction fondamentale se manifestera finalement dans un éclat et, en peu de temps, atteindra un stade de révolution sociale.
En ce sens, la situation douloureuse et inhumaine du prolétariat est, paradoxalement, l'une des conditions de la révolution sociale : plus le degré d'exploitation est élevé, plus la contradiction de la base est forte, plus grand sera l'effondrement du capitalisme. Le travail révolutionnaire devrait être principalement consacré à l'infrastructure : ce sont les rapports de production qui doivent être modifiés.
La conscience de classe et la fin du capitalisme
Mais il ne faut pas perdre de vue la superstructure : il est nécessaire que le prolétariat prenne conscience, de manière progressive, de la forme d'oppression dans laquelle il vit et des intérêts partagés qui le lient au reste des prolétaires. Pour Marx, enfin, le capitalisme est le mode de production antagoniste, la dernière formation sociale fondée sur la contradiction et la confrontation des classes sociales.
Lorsque l'exploitation est aiguë, dit Marx, une révolution prolétarienne aura lieu dans une société industrialisée et s'étendra progressivement à d'autres sociétés. Après un intervalle marqué par la dictature du prolétariat, ce sera l'avènement d'une société communiste où la propriété privée sera abolie (origine de l'inégalité parmi les hommes). Les moyens de production seront collectivisés et organisés via un système d'assemblées basé sur l'autogestion politique des ressources.
En fin de compte, cela conduira à une société sans classes : la logique de l'histoire, construite sur la contradiction et la confrontation, mènera à une situation de justice et d'égalité dans laquelle l'homme est au-dessus du capital : le communisme.
Analyse de la société et matérialisme historique
Il y a une différence importante entre la dialectique hégélienne et celle de Marx (à son tour influencé par certaines thèses de Kant sur l'histoire) : le moteur de l'histoire n'est pas l'idée, mais le sujet. Comprendre cela, bien sûr, n'est pas purement physique ou chimique : ce sont les conditions matérielles dans lesquelles vivent les êtres humains qui déterminent l'histoire et l'évolution de celle-ci. Ce que l'homme pense, rêve ou planifie est simplement le produit de la place qu'il occupe dans le processus de production.
Cette approche matérialiste est destinée à être une clé d'où émerge l'ensemble de la critique marxiste du capitalisme. L'économie est ce qui peut nous aider à comprendre l'histoire, son évolution et la formation de nouveaux modes de production. Cette inversion de la dialectique hégélienne est résumée dans une thèse bien connue : la lutte des classes est le moteur de l'histoire. L'antagonisme entre les différentes classes sociales est ce qui favorise le changement social. Chaque nouvelle ère de l'histoire serait conçue comme une succession de différents modes de production.
La lutte des classes comme moteur de l'histoire
L'amélioration des conditions matérielles de vie d'une classe sociale se fait au détriment d'une autre, et c'est dans cette confrontation ou ce conflit d'intérêts que réside la transformation de la société. C'est la fonction de l'histoire : lorsque la contradiction se radicalise, elle devient complètement intenable. Les protestations s'élèvent, les soulèvements et les revendications apparaissent et, tôt ou tard, l'espace s'ouvre pour un nouveau mode de production.
Le capitalisme et la plus-value
Par conséquent, le changement social nécessite, paradoxalement, que l'exploitation économique de l'homme par l'homme augmente jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus être maintenue, laissant place à une nouvelle forme de production. Ces idées essentielles sont appliquées par Marx au mode de production de son temps : le capitalisme. Comme son nom l'indique, cette organisation de la production est caractérisée par une valeur accordée au capital plus qu'à l'homme lui-même.
Le capital peut tout dominer ; on peut « acheter » tout ce qu'il est possible d'acheter : des matières premières, des machines pour la transformation, et même le temps et les efforts des êtres humains. Le fondement du système de production capitaliste n'est autre que le capital, pour lequel il n'existe pas de barrières ou de restrictions. En conséquence, la société est divisée en deux classes : le prolétariat et la bourgeoisie possédante.
Cette infrastructure contient une contradiction essentielle en raison de la plus-value. C'est la valeur marchande ajoutée aux produits par rapport à leur coût de production ; elle détermine le profit qui permet d'enrichir une société ou une ligne de production spécifique. Même si les travailleurs contribuent à la totalité des éléments nécessaires pour produire, tout le surplus va dans les mains de la bourgeoisie. Cette contradiction crée l'exploitation et la misère, condamnant le prolétariat à vivre sous la domination de la bourgeoisie.
Si le prolétariat n'est pas autorisé à participer à cette plus-value, il n'aura jamais l'occasion d'améliorer sa position dans la société, surtout si l'on considère que la valeur nette de son propre travail doit être payée sur le marché des biens. De la contradiction décrite ci-dessus et de l'infrastructure qui la soutient, une superstructure surgit : un ensemble de lois, de manifestations culturelles et de formes politiques qui ont une double fonction. D'une part, elles visent à justifier et légitimer la contradiction ; d'autre part, elles servent à masquer le conflit au nom de la justice.