La matière et l'esprit : une dualité philosophique

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La matière et l'esprit

La matière et l'esprit constituent deux principes concurrents qui permettent d'expliquer le monde. Il s'agit donc dans un premier temps de se demander comment ces notions peuvent, ensemble, fournir une explication du réel satisfaisante. Mais plus fondamentalement, ce couple de notions interroge la nature de la pensée. Il s'agit alors de se demander si le phénomène que constitue la pensée peut se ramener à une activité du cerveau.

I. L'opposition entre matière et esprit pour expliquer le monde

A. Définitions de matière et d'esprit

1. La matière

Généralement, la notion de matière désigne un contenu. On parle ainsi d'une « table des matières », c'est-à-dire de la description du contenu d'un livre, ou bien de la matière d'un enseignement, c'est-à-dire du contenu de ce dernier. En ce sens, la notion de matière renvoie non seulement à ce qui est concret, au sens de tangible, palpable (le matériau), mais aussi à l'objet de connaissance ou d'enseignement.

De là provient l'adjectif matérialiste : être matérialiste, c'est, au sens commun, avoir conscience de ses intérêts, aimer le concret, ce qui est palpable, mais également tout ce qui sert à jouir ou s'enrichir, avec une forte connotation péjorative. En philosophie, la notion de matière renvoie plus généralement à l'étoffe des choses, c'est-à-dire ce en quoi une chose est faite. On voit donc que la notion de matière est caractérisée par une certaine généralité, puisqu'elle renvoie à des choses très diverses (un contenu, un matériau, ce que l'on peut toucher, etc.), alors même qu'elle doit désigner ce qui est concret.

2. L'esprit

La notion d'esprit, quant à elle, renvoie au contraire à ce qui échappe à la matière, ce qui ne se manifeste pas de façon corporelle ou matérielle. Le mot « esprit » vient du latin spiritus, et peut se traduire par « souffle » : c'est une réalité immatérielle. C'est en ce sens que l'on parle de l'esprit d'un peuple ou d'une nation, pour désigner les formes culturelles particulières d'une nation à un moment de l'histoire.

L'usage de cette notion dans le langage courant signale un lien entre l'esprit et l'intelligence : parler de l'esprit d'un savant ou dire de quelqu'un qu'il a de l'esprit ou qu'il fait de l'esprit, c'est signifier une forme d'intelligence. Souvent, l'esprit signifie « l'intelligence humaine », par opposition au reste des êtres vivants. L'esprit est alors ce qui est propre à l'homme.

3. Les liens entre matière et esprit

A priori, les notions de matière et d'esprit recouvrent donc deux ordres de réalité différents : d'un côté, le corps physique et la matière, de l'autre l'esprit, l'âme, principe immatériel. L'homme conçoit d'ailleurs intuitivement cette opposition en lui entre son corps matériel et son esprit. L'esprit est le principe de la pensée, le siège des états mentaux (penser, imaginer, sentir, etc.), tandis que le corps constitue pour l'esprit une sorte d'habitacle purement extérieur.

Dès lors, l'enjeu est de penser les rapports de ces deux principes devant rendre compte du réel, et plus particulièrement de l'homme. On s'intéresse aux liens qui permettraient d'articuler un principe immatériel à une réalité matérielle. On se demande également si la notion d'esprit ne se réduit pas à un certain fonctionnement de la matière.

B. Le monde comme réalité matérielle

Spontanément, lorsque l'on se pose la question de la composition du monde, de ce en quoi il est fait, il semble naturel de le réduire à un principe matériel. Dans l'expérience, l'homme n'a jamais affaire à des objets immatériels : il fait uniquement l'expérience de la matière. C'est notamment l'hypothèse qu'émet le courant philosophique du matérialisme.

Ce courant de pensée repose sur l'idée que le monde est un composé de matière et montre que même l'esprit, qui semble pourtant une réalité immatérielle, est un produit de la matière. Le matérialisme est une doctrine philosophique qui explique la totalité des phénomènes existants grâce à la notion de matière. Le monde est donc pour le matérialisme uniquement composé de matière.

Le matérialisme s'incarne notamment avec des philosophes comme Épicure et Lucrèce. Ce matérialisme implique trois idées :

  • La matière produit l'esprit : on n'a jamais vu d'esprit sans matière.
  • La matière existe en dehors de tout esprit : il y a une existence indépendante et objective de la matière.
  • Notre connaissance du monde doit être connaissance de la matière : nous sommes capables de connaître le monde si nous connaissons la matière.

Pour les penseurs matérialistes, l'Univers est entièrement constitué d'atomes et les principes spirituels tels que l'âme et l'esprit sont en réalité des composés d'atomes. Ce qui différencie l'âme des autres corps, c'est qu'elle est faite d'atomes particulièrement subtils. L'âme, qui est un principe de vie et de sensibilité animale, ainsi que l'esprit, qui est l'intelligence propre à l'homme, sont tous les deux composés d'atomes très fins. L'esprit est donc matériel et meurt en même temps que le corps. Épicure et Lucrèce nient donc l'immortalité de l'âme.

Le matérialisme repose donc sur l'idée que le monde est constitué de matière divisible : une chaise est composée d'atomes. Par contre, l'atome est une entité première qui est indivisible. Les atomes sont de la même substance, mais leurs formes et leurs positions sont différentes les uns des autres. Ainsi, dauphin et chaise sont constitués des mêmes atomes, de la même matière, mais ils sont perçus différemment.

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