Mémoire de fille : Analyse de la domination masculine

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La domination masculine dans Mémoire de fille

Dans Mémoire de fille, Annie Ernaux entreprend une recherche autobiographique en exposant la domination masculine à laquelle elle a été soumise durant sa jeunesse. Elle décrit comment les femmes, dans une société patriarcale, sont souvent réduites à des objets de désir ; ce processus d'objectification imprègne la manière dont elles vivent leur corps. Ernaux relate son expérience où elle se sent réduite à un simple corps soumis aux désirs des hommes.

« Je ne me souviens plus de ce que j’ai ressenti cette première nuit avec H. J’ai eu mal, mais c’est tout ce que je sais. »

Cette citation, avec son style dépouillé, révèle l’absence d’émotion explicite, un procédé d’énumération minimaliste qui met en relief l'objectification. Son corps, à travers cette expérience, n’est plus qu’un objet utilisé, dépossédé de sa propre subjectivité. Cette distanciation permet à Ernaux de souligner la violence de la domination masculine. Le procédé d’anaphore de « je ne me souviens plus » accentue le vide laissé par cette expérience, montrant la déconnexion entre son corps et ses émotions, conséquence de la domination masculine à laquelle elle est soumise. Ainsi, Ernaux transforme cet événement personnel en une critique plus générale de la manière dont la société patriarcale conditionne les femmes à vivre leur corps comme un bien à disposition des hommes, les privant de leur autonomie corporelle.

La honte et le corps féminin

Dans un deuxième temps, Ernaux explore la honte qui accompagne cette domination, notamment à travers la découverte de son corps et de ses menstruations, qu’elle associe à un sentiment d’impureté. Elle raconte la première fois qu’elle a saigné, un événement marqué par la gêne et la honte, éléments révélateurs de la manière dont les corps féminins sont socialement perçus.

  • « Le sang menstruel, c’était le pire. Le corps féminin en train de se souiller. »

Ici, Ernaux utilise une métaphore du sang comme une marque de souillure, renforçant l'idée que le corps féminin est perçu comme impur dès qu'il s'éloigne des idéaux de pureté imposés par la société. Le terme « souiller » renforce cette image dégradante, associant la féminité à quelque chose de sale et honteux. Cette honte n’est pas seulement personnelle, elle est aussi culturelle, un vestige des normes patriarcales qui associent le corps de la femme à quelque chose qui doit être contrôlé et caché. Ernaux utilise aussi l’hyperbole dans « le pire » pour marquer l’ampleur du dégoût et de la honte qu’elle ressent face à ce corps en transformation. Cette description du sang menstruel devient une métaphore plus large de la honte féminine, révélant comment les femmes, dès leur jeune âge, sont conditionnées à voir leur propre corps comme source de gêne. L’autobiographie devient ici une manière pour Ernaux de dénoncer et de déconstruire ces mécanismes de honte imposés aux femmes.

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