Les mesures de sécurité : Origines et fondements juridiques
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Leçon 4 : Les mesures de sécurité
Les mesures de sécurité constituent le second instrument dont dispose le système pour sanctionner la commission d'un crime.
Origines des mesures de sécurité
Elles ont une histoire très récente par rapport à la peine et se sont développées dans le dernier tiers du XIXe siècle avec l'école positive italienne. Leur naissance s'explique par le fait que les théoriciens de la criminalité ont réalisé que la peine n'était pas un instrument approprié pour traiter la question de la dangerosité. Des théoriciens comme Ferri ont commencé à développer cette idée à partir de différents postulats.
1. Les théoriciens classiques
Ils travaillaient sur la base de l'équipotentialité, c'est-à-dire que tous les hommes étaient égaux et capables de choisir. Le fondement de la peine reposait sur le libre arbitre, sans distinction de capacité entre les individus.
2. Les partisans de l'école positive
À l'inverse, ils considèrent l'homme comme un être conditionné et croient au déterminisme. Des facteurs psychologiques et biologiques peuvent déterminer une personne à commettre un crime. Comme l'a soutenu Lombroso, le criminel est déterminé par l'hérédité. Il affirmait que le contrevenant est une personne ayant subi un recul dans la théorie de l'évolution. Cette théorie du criminel-né a été poussée à l'extrême, menant parfois à des dérives comme le nazisme.
Nous rencontrons également l'étude allemande de Kretschmer, qui divisait les hommes en catégories morphologiques : leptosome, pycnique, athlétique et dysplasique. Kretschmer établissait un lien entre ces types physiques et le tempérament. Le traitement approprié devait donc être individuel. D'un autre côté, Ferri mettait l'accent sur les facteurs environnementaux : l'éducation, l'entourage, le quartier ou les relations sociales influent sur le passage à l'acte. Sur la base de ces principes, il a été avancé que le droit pénal devait être remplacé par une approche clinique de l'exécution de la peine, ce qui a conduit à l'émergence des mesures de sécurité.
Différences entre la peine et les mesures de sécurité
D'un point de vue théorique, plusieurs distinctions essentielles existent :
- 1. La culpabilité vs le risque : La peine est imposée en fonction de la culpabilité du sujet, tandis que les mesures de sécurité sont imposées selon son degré de dangerosité.
- 2. Les objectifs : La peine vise la rétribution et la prévention, alors que la mesure de sécurité se concentre sur la prévention spéciale.
- 3. Le moment de l'application : À l'origine, les mesures de sécurité pouvaient être prédélictuelles (imposées avant le crime), alors que la peine est toujours postdélictuelle.
- 4. Les conséquences : L'essence de la peine est la privation de droits juridiques. Pour la mesure de sécurité, la privation de droits est une condition nécessaire à la viabilité d'un traitement de resocialisation.
- 5. La proportionnalité : La peine doit être proportionnelle à la culpabilité, tandis que la mesure de sécurité est proportionnelle à la dangerosité actuelle ou future.
- 6. La flexibilité : Les mesures de sécurité peuvent être modifiées ou cesser si le danger disparaît. La peine, elle, est généralement immuable pour répondre aux exigences de prévention générale.
Justification des mesures de sécurité
Il existe deux positions doctrinales majeures :
1. La théorie socio-éthique de Welzel
Apparue dans les années trente, elle repose sur le concept de défense sociale et deux principes :
- a. Le manque de capacité : Justifie la mesure pour les délinquants récidivistes. L'État limite la liberté extérieure lorsque la capacité d'autodétermination interne est diminuée.
- b. Le principe de relation particulière : S'applique aux malades mentaux, toxicomanes ou alcooliques. L'État a le devoir de guérir et d'aider, intervenant dans les limites de la liberté communautaire définie par la Constitution.
2. La théorie utilitaire de Schmidhauser
Elle considère la mesure de sécurité comme un outil nécessaire pour éliminer le danger représenté par un sujet. Cependant, Schmidhauser pose une limite morale : le principe de proportionnalité. La mesure ne doit jamais excéder le degré de dangerosité et doit cesser dès que celui-ci disparaît.