Le moi et l'objet

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Pour cela, demandons-nous ce qu'est exactement une technique. Il n'est pas facile de répondre. D'abord parce qu'une technique n'est pas un objet. Un marteau n'est pas une technique. C'est un outil : il intervient dans une technique. Mais il n'est pas, à lui seul, une technique. Aucun objet n'est à lui seul une technique. De même, une technique n'est pas une activité. C'est en pratiquant une activité que l'on peut éventuellement utiliser une technique. Celle-ci n'est donc qu'une part d'une activité et non une activité en elle-même. Qu'est-ce alors qu'une technique ? Sans doute doit-on répondre : une certaine façon de faire quelque chose, une certaine façon de pratiquer une activité. Ainsi, planter des haricots est une chose que l'on peut faire : c'est une activité. Mais on peut planter des haricots de plusieurs façons : en ligne, en poquets, sur du coton, hors sol, etc. Ces façons sont autant de techniques. Une technique est donc une certaine façon de faire quelque chose. C'est-à-dire un certain enchaînement de gestes, de mouvements du corps, faisant souvent intervenir ou non des objets, des instruments, voire des machines. Une certaine façon de faire quelque chose, c'est-à-dire une certaine façon d'atteindre un but. Et pour que cette façon mérite d'être nommée technique, il faut qu'elle soit efficace. Efficacité qui s'articule au moins autour de trois éléments : la réussite (la technique doit permettre de réussir, ou au moins d'accroître significativement nos chances de réussite), une économie d'énergie (on doit atteindre son but avec un minimum d'efforts), un gain de temps (on doit atteindre son but le plus rapidement possible). Toute façon de faire efficace, au sens que nous venons de voir, mérite d'être appelée : technique.

Ainsi présentée, ainsi définie, la technique apparaît forcément comme étant un moyen. Nous venons de dire en effet qu'une technique est une certaine façon d'atteindre une fin (un but). Or, cela va de soi, le terme associé à « fin » est « moyen ». Une fin appelle des moyens et un moyen renvoie à un fin. Mais au-delà du vocabulaire, si la technique est ce que l'on utilise pour faire quelque chose, alors forcément elle est le moyen de faire cette chose. La simple analyse du mot technique en fait donc un moyen. Sa nature instrumentale paraît par conséquent incontestable. 


intro 

La technique est l'ensemble des moyens par lesquels l'homme aborde et transforme le monde réel. Elle comprend les instruments qui permettent une lecture du réel, et les outils et machines qui permettent une action et une transformation du réel .

Allons plus loin. Qu'on nous permette de réfléchir maintenant non plus sur la nature de la technique mais sur sa valeur. Cela permettra de constater à nouveau que la technique paraît devoir se penser comme un moyen. Lorsque l'on se demande si les techniques sont de bonnes ou de mauvaises choses, une première réponse vient spontanément à l'esprit : tout dépend de la technique. Il semble en effet que certaines techniques sont bonnes (les médicaments par exemple) et que d'autres sont mauvaises (l'exploitation des gaz de schistes par exemple). Cette première réponse peut cependant être aisément contestée. Un peu de réflexion suggère en effet une autre thèse : tout dépend de l'usage que l'on fait d'une technique. Autrement dit, par elle-même, une technique est neutre, ni bonne ni mauvaise. Elle n'acquiert une valeur qu'en fonction de la fin poursuivie par celui qui l'utilise. Ainsi, l'utilisation d'un revolver, en soi, n'a pas de valeur. Mais si l'on s'en sert pour s'emparer du bien d'autrui (l'argent d'une banque par exemple), alors elle acquiert une valeur négative. Inversement, si l'on s'en sert pour sauver sa vie, alors elle acquiert une valeur positive. Tout dépend donc du but que l'on poursuit. Soyons plus précis. Il convient sans doute de distinguer deux fins par rapport à une technique. En soi, une technique a forcément une fin propre. Ainsi, un revolver permet de lancer un petit projectile à grande vitesse. C'est la fin qu'il permet, par lui-même, d'atteindre. De même une seringue permet d'introduire dans un corps vivant un liquide. C'est sa fin propre. Mais l'individu qui va utiliser cette technique vise une fin qui lui est propre, qui est en quelque sorte subjective. Par exemple, il utilisera la seringue pour vacciner ou pour empoisonner. C'est seulement par rapport à cette fin subjective que la technique prend une valeur. Par sa fin propre, elle n'en a pas, elle est neutre. Ainsi, une réflexion sur la valeur de nos techniques paraît conduire assez nécessairement à l'idée de neutralité.

Mais cette réflexion vient confirmer également ce que nous disions plus haut, à savoir que la technique n'est qu'un moyen. En effet, c'est à nouveau le mot « fin » qui s'est imposé à nous. En cherchant la valeur de nos techniques, il nous a fallu prendre en compte la fin poursuivie par celui qui les utilise. Et en parlant de « techniques permettant d'atteindre une fin », nous avons à nouveau forcément pensé la technique comme un moyen. La catégorie moyen/fin est donc celle qui vient à l'esprit lorsqu'il s'agit de penser la technique, qu'il s'agisse de la définir ou de l'évaluer.  

La thèse que nous énoncions en commençant semble donc tout à fait défendable. Que l'on s'efforce de définir ce qu'est une technique ou que l'on réfléchisse sur sa valeur, elle se laisse penser, assez naturellement, comme un moyen. C'est le schéma moyen/fin qui paraît donc le plus adéquat pour la penser. 

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