La pensée d'Aristote : Épistémologie, Éthique et Politique

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VII. Théorie de la connaissance (épistémologie)

Parmi les philosophes grecs et, depuis les présocratiques, la sensibilité et l'expérience ont été très sous-évaluées en tant que source de connaissance. Selon Parménide, le sens fournit une connaissance trompeuse (avis) et ne permet pas de connaître la vraie raison de manière fiable. Platon pensait que la vraie connaissance résidait dans les Idées, dont les sens étaient une nuisance constante.

Mais Aristote est d'avis contraire : il n'hésite pas à redonner toute sa valeur à l'empirisme. Sa théorie de la connaissance est donc le soutien du monde empirique. Pour Aristote, il ne peut exister aucune connaissance dans l'âme avant son existence dans le corps. La connaissance, par conséquent, ne peut s'expliquer par l'anamnèse ou la mémoire comme chez Platon, mais doit être acquise au cours de la vie de l'homme à partir des données qui nous sont fournies par les sens.

La connaissance commence avec l'observation du particulier et s'élève à travers l'abstraction (par induction). L'abstraction est un processus complexe qui consiste à écarter les éléments uniques des choses pour ne garder que les éléments universels (aspects formels). Par exemple, la connaissance de ce qu'est une « table » en général provient de l'observation de tables uniques, en faisant abstraction de ce qui est singulier (hauteur, forme, couleur, matériau) pour ne conserver que ce qui est commun à toutes les tables.

Il existe, pour Aristote, différents niveaux de connaissance selon le degré d'abstraction atteint :

  • Le sentiment : commun aux humains et aux animaux, il connaît le particulier.
  • La mémoire : partagée par les hommes et les animaux supérieurs, née de souvenirs de sensations particulières.
  • L'expérience : caractéristique des êtres humains, elle dépend de la coordination rationnelle des sensations.
  • La compréhension : propre à l'homme, elle saisit l'universel et les causes.

La connaissance universelle de la science mène à une connaissance définie comme nécessaire et démonstrative des choses par leurs causes. La doctrine hylémorphique est ici essentielle, notamment la cause formelle qui permet la connaissance de la nature ou physis des êtres. La science est l'étude des universaux, des essences et des formes. Elle procède par induction (de l'expérience vers l'universel) et par syllogisme (déduction du particulier à l'universel). La science peut être théorique (philosophie, physique, mathématiques, théologie), pratique (politique, économie, éthique) ou productive (grammaire, rhétorique, poétique, médecine, etc.).

VIII. Éthique

Aristote a écrit trois traités sur l'éthique : la Grande Morale, l'Éthique à Eudème et l'Éthique à Nicomaque. Cette dernière définit le plus clairement sa pensée. Si tous les animaux ont un caractère dicté par leurs instincts, les êtres humains possèdent la raison et le langage, ce qui ouvre un large éventail de possibilités d'action basées sur la délibération et le choix rationnel.

Le but des sciences pratiques est l'action humaine. L'éthique d'Aristote est téléologique ou finaliste : chaque action tend vers un bien. Contrairement à Platon, Aristote ne croit pas en une « Idée du Bien » unique, mais en une multitude de buts. Cependant, il existe une fin parfaite recherchée pour elle-même : le bonheur (eudaimonia). C'est pourquoi son éthique est dite eudémoniste.

Le bonheur ne consiste pas dans l'accumulation de richesses, les plaisirs ou les honneurs, mais dans l'exercice de la fonction propre à l'homme : l'activité rationnelle. Le bonheur est donc une activité de l'âme conforme à la raison tout au long d'une vie pleine. La vertu est l'habitude stable d'exercer cette raison de manière excellente.

IX. Politique

Selon Aristote, le bonheur ultime dépend de la nature humaine. Aristote établit une division fondamentale : certains êtres sont libres par nature, d'autres sont esclaves. Même parmi les hommes libres, il distingue les agriculteurs, artisans et commerçants, dont le travail manuel entrave la liberté intellectuelle. Il propose également une séparation entre les hommes et les femmes, ces dernières n'étant pas considérées comme des citoyennes libres.

Seuls les hommes libres, vivant dans la polis, sont des animaux politiques et des citoyens authentiques. L'éthique aristotélicienne est subordonnée à la politique, car l'être humain ne peut atteindre sa perfection qu'intégré dans une société civile. L'État est, en définitive, responsable de la tâche éducative.

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