Philosophie de la Justice : Loi, Égalité et Équité
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Définition de la justice
Justice (institution) : Elle sert à observer la loi, appliquer le droit, réprimer les injustices et punir.
Justice (valeur morale) : C'est une vertu qui consiste à attribuer à chacun, et à nous-mêmes, ce qui lui revient.
L'exemple du roi Salomon
Dans la Bible, le roi Salomon propose de couper un bébé en deux pour résoudre un conflit entre deux mères. La vraie mère se révèle en préférant renoncer à l'enfant plutôt que de le voir mourir. Si Salomon avait appliqué l'égalité stricte, il aurait agi injustement. Cela montre que l'égalité n'est pas toujours synonyme de justice.
I. Qu’est-ce qui fonde le juste ?
A. Y a-t-il une justice naturelle ?
Cicéron : Il pense que les humains ont en eux un sentiment naturel de justice, ce qui permet de distinguer ce qui est juste ou injuste. « La nature nous fait distinguer le droit de l'injustice. » Pour lui, même si le droit vient des sociétés, son fondement est naturel.
Critiques :
- Dans la nature, c'est souvent la loi du plus fort qui domine (injustice).
- Cette « justice naturelle » ne peut pas être prouvée scientifiquement : elle reste subjective et individuelle.
Calliclès : La justice est « une institution de la nature ». Il n'y a plus de différence entre le droit et le fait : tout ce que la nature permet devient juste et légitime. Si je peux voler, tuer ou commander, c'est que la nature m'y autorise parce qu'elle m'a pourvu des attributs nécessaires et qu'elle en a privé les autres.
B. Le juste est-il l’essence des lois ? (Pascal)
Le juste ne peut pas être l'essence des lois, car celles-ci varient selon les pays, les époques et les cultures. Elles sont relatives, non universelles (ex: peine de mort, esclavage). La justice ne repose sur aucune détermination passionnelle : elle est simplement ce que la loi énonce.
C. Le juste naît-il de la révolte contre l’injustice ? (Ricœur)
Ricœur montre que c'est souvent l'expérience de l'injustice qui fait naître en nous un besoin de justice. La justice consiste à réparer l'injustice.
Trois expériences fondamentales d'injustice :
- Rétributions disproportionnées.
- Promesses trahies.
- Partages inégaux.
Pour Calliclès, l'injustice est tout ce qui fait violence à l'ordre de la nature. La punition n'est pas injuste car elle invite l'homme à réfléchir au sens et aux conséquences de son action.
II. L'égalité est-elle toujours juste ?
A. La fin de la justice consiste-t-elle uniquement dans l’égalité ? (Aristote)
Aristote distingue deux types de justice :
- Justice corrective (ex: crime) : Elle repose sur l'égalité stricte.
- Justice distributive : Répartition des richesses selon le mérite ou les besoins (pas d'égalité stricte).
La loi et la justice doivent instituer des règles permettant à la société de vivre en harmonie.
B. Quels sont les dangers de l’inégalité ? (Rousseau)
Pour Rousseau, l'égalité est le fondement de la liberté et de la justice. Il reconnaît que l'égalité absolue est impossible mais propose des limites :
- Le pouvoir ne doit jamais devenir violent.
- Les lois doivent être acceptées par tous (démocratie).
- Personne ne doit pouvoir vendre sa liberté (limiter la pauvreté extrême).
« C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. » Si on laisse faire la nature, l'inégalité grandira. La loi doit donc intervenir pour protéger les plus faibles.
John Rawls : Les inégalités de traitement économiques et sociales doivent bénéficier aux plus désavantagés pour être justes. Il faut donner à chacun la chance de ne pas subir sa situation sociale.
III. Pourquoi la justice a-t-elle besoin de juges ?
A. Suffit-il d’appliquer la loi pour rendre justice ? (Aristote)
Aristote distingue le général (la loi) du particulier (le cas concret). La loi est juste en soi, mais il faut l'appliquer avec équité, c'est-à-dire adapter les lois aux cas spécifiques. Le juge est donc essentiel pour rendre la justice concrète et humaine.
Exemple : « 10e chambre » de Raymond Depardon. Le travail du juge est central pour ne pas se laisser aller au sentiment et garantir l'impartialité.
B. Lois justes ou injustes ?
- Droit naturel : Universel, même pour tous les hommes.
- Droit positif : Particulier, il ne vaut que pour une détermination temporelle ou spatiale.
Certaines lois sont injustes car elles instituent des différences fondées sur le genre ou la couleur de peau. Rosa Parks, en refusant de céder sa place dans le bus, désobéit aux lois de ségrégation pour rétablir la justice, montrant que c'est l'institution qui est injuste.
Synthèse des problématiques
La justice consiste-t-elle à respecter la loi ?
- Oui : La loi garantit l'ordre commun et la coexistence pacifique.
- Non : Il existe des lois injustes (oppression, discrimination).
- Distinction : Il faut séparer légalité et légitimité. Être juste, c'est parfois dépasser la lettre de la loi pour en défendre l'esprit.
Peut-on rendre la justice sans appliquer la loi ?
- Non : La loi fonde la justice sur des critères objectifs.
- Oui : La loi peut être inadaptée ou incomplète ; la clémence et le contexte permettent une décision plus juste.
- Articulation : Une justice humaine doit articuler loi et équité.
La justice consiste-t-elle à traiter tous les individus de la même manière ?
- Oui : L'égalité de traitement est un principe fondamental contre la discrimination.
- Non : Traiter également des situations inégales peut produire de l'injustice.
- Conciliation : La justice véritable garantit l'égalité des droits tout en tenant compte des besoins particuliers.