Philosophie : La notion de devoir et de morale
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Définition : Le devoir est une obligation (interne) qu’un sujet libre se fixe. Elle n’est donc pas une contrainte (externe) forcée : l’homme peut s’imposer librement un devoir et il a toujours le choix d’obéir ou non.
Exemples : Lors de la pandémie de Covid-19, des soignants ont continué à travailler jour et nuit, parfois au péril de leur vie. Leur engagement rappelle que le devoir peut s’exercer au nom d’une exigence morale plus forte que l’intérêt personnel. Dans l’Antigone de Sophocle, l’héroïne brave la loi du roi pour enterrer son frère, affirmant ainsi la supériorité du devoir moral sur le devoir légal.
I. Pourquoi faudrait-il obéir ?
A. Pourquoi les enfants obéissent-ils ?
Bergson – Les deux sources de la morale et de la religion
- Les enfants obéissent par habitude, pas par réflexion ; ils ne comprennent pas encore pourquoi c'est important.
- Cette habitude leur permet plus tard de se fixer leurs propres règles morales.
- Ils obéissent aussi parce qu’ils reconnaissent l’autorité des parents : ils savent qu'ils ont plus d’expérience et de savoir.
- Cette obéissance apprend à reconnaître des hiérarchies (familiale puis sociale).
- L'enfant apprend à obéir, ce qui l’aidera ensuite à devenir moralement autonome.
B. Qu’est-ce qu’une éducation morale ?
Kant distingue deux types d’éducation :
1. Par peur ou récompense
Exemple : « Si tu ne ranges pas, tu seras puni. » Ce n’est pas une vraie morale, car l’enfant agit par intérêt ou par peur, et non par conviction et compréhension.
2. Par la compréhension des principes moraux
- Il faut expliquer les raisons d’un devoir à l’enfant.
- L’enfant pourra alors, plus tard, s’imposer lui-même ses devoirs en comprenant pourquoi ils sont justes.
- « Si l’on veut fonder une moralité, il ne faut pas punir. »
- Être moral, c’est obéir à une règle qu’on s’impose soi-même, et non qu’on subit.
- Agir par devoir, c’est supposer que tous puissent agir comme moi et réciproquement.
- L’interdit doit être universalisable pour être moral.
- Les devoirs sont l’intériorisation des règles de société et peuvent être relatifs à chaque société.
C. Être éclairé garantit-il un comportement moral ?
Condorcet
- Connaître et réfléchir à ses devoirs, c’est mieux agir moralement.
- Plus on comprend les raisons morales, plus il est facile de les appliquer en pratique.
- Cela évite que les passions (colère, envie) guident nos actes.
- La raison permet d’être libre, autonome, et donc plus juste.
II. Le sentiment du devoir est-il toujours justifié ?
A. Kant : les deux impératifs
Impératif hypothétique
- C’est fragile puisqu'il n’est pas vraiment moral en soi ; le but fixé peut être discutable et les moyens aussi.
- C’est pratique et utile, mais pas moralement universel, car chacun a ses propres critères (même immoraux).
Impératif catégorique
- C’est une règle morale absolue qui ne dépend d’aucune situation particulière, ni condition, et aucune excuse ne doit empêcher d’y obéir.
- Sa formule : « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle. »
Exemple : Je cache un enfant juif chez moi, les Allemands arrivent et m’interrogent :
- Selon l’impératif catégorique, je ne dois pas mentir car sinon j’admets que le mensonge puisse être universellement accepté comme valeur.
- Selon l’impératif hypothétique, je peux mentir pour sauver une vie, ce qui est moralement correct dans cette situation.
B. Le devoir comme contrainte ?
- Le devoir est parfois vécu comme une contrainte institutionnalisée. Exemple : l'élève doit faire ses devoirs avant d'aller jouer, le salarié doit travailler pour gagner sa vie.
- Faire son devoir signifie aller contre ses désirs égoïstes et ses sentiments intéressés ; cela s’oppose parfois au plaisir et au libre choix de la volonté.
- L'animal ne connaît pas le devoir moral ; il a des instincts qui ne sont limités que par une nécessité extérieure (un rival plus fort) et non par une volonté intérieure (le devoir).
C. Intention ou résultat ?
Exemple : Si je tente de sauver quelqu’un qui se noie mais que je n’y arrive pas, il reste que j’ai fait tout mon possible et je peux considérer que j’ai fait mon devoir.
- La valeur morale du devoir ne dépend pas de la réussite ou de l’échec, mais de l’intention et de l’effort de volonté.
- L'utilitarisme (Bentham et John Stuart Mill) : La valeur morale de l’action dépend de son utilité. De bonnes intentions peuvent produire des catastrophes et on peut faire le bien avec des intentions malhonnêtes. Exemple : le trafiquant enrichit son pays, faisant le bien économique à un certain niveau.
Faut-il toujours faire son devoir ?
I. Oui, le devoir est une obligation morale universelle :
1. Le devoir est ce que nous dicte la morale, indépendamment des conséquences : on agit par respect pour la loi morale.
2. Kant affirme que l’homme doit obéir à sa raison et accomplir son devoir « par devoir », et non par intérêt ou émotion.
II. Non, certaines circonstances justifient l’écart :
1. Suivre son devoir aveuglément peut conduire à des actes injustes ou inhumains si on oublie les conséquences.
2. L’obéissance à l’autorité ou à une norme injuste (ex : guerre, lois iniques) peut mener à l’immoralité.
III. Il faut faire son devoir, mais en l’interrogeant :
1. Le devoir est essentiel à la morale, mais il ne doit pas être suivi mécaniquement.
2. Il faut articuler devoir moral et responsabilité personnelle selon les contextes.
Le devoir est-il un obstacle à la liberté ?
I. Le devoir limite la liberté car il impose des obligations :
1. Faire son devoir, c’est renoncer à ses désirs personnels : on agit par contrainte, non par choix.
2. Les règles morales, juridiques ou sociales nous imposent des comportements sans toujours nous laisser le choix.
II. Le devoir rend la liberté possible en la guidant :
1. Être libre, ce n'est pas faire ce qu’on veut mais obéir à la raison : le devoir nous libère des pulsions.
2. Kant affirme que le devoir est l’expression de la liberté morale car c’est l’homme lui-même qui se donne la loi.
III. Le devoir est une forme supérieure de liberté :
1. La vraie liberté est l’autonomie : se donner à soi-même des devoirs que l’on comprend et accepte.
2. Le devoir nous élève au-dessus de nos penchants, vers une liberté responsable et morale.
Peut-on faire le bien sans faire son devoir ?
I. Oui, on peut faire le bien par inclination :
1. Une action peut être bonne parce qu’elle est spontanée, issue du cœur ou de la compassion, sans être dictée par un devoir.
2. Selon Rousseau, la bonté naturelle de l’homme n’a pas besoin de règles morales imposées.
II. Non, seule l’intention morale donne sa valeur à l’action :
1. Kant affirme que ce n’est pas le résultat mais l’intention qui compte : seul celui qui agit par devoir est moral.
2. Une bonne action faite par intérêt ou par habitude n’a pas de véritable valeur morale.
III. Le bien devient pleinement moral par la conscience :
1. Faire le bien spontanément est louable, mais il est plus élevé de le faire en connaissant et acceptant son devoir.
2. Le devoir donne une valeur éthique supérieure à l’action bonne.