Le Printemps arabe : dynamiques et enjeux régionaux

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La transition démocratique en Tunisie

  • La reprise du dialogue entre forces politiques émergentes, jeunes générations et membres de la société civile a permis l'adoption d'une nouvelle loi électorale en mai 2011 et l'organisation des élections.
  • L'armée est restée au-dessus de tout soupçon et est demeurée en retrait, parfaitement légaliste. Les élections, organisées sous contrôle d'une instance indépendante, enregistrent une participation massive (plus de 90 % des électeurs inscrits). Les Tunisiens votent, après avoir fait la queue plusieurs heures devant les bureaux, pour départager 1 519 listes. Les grands vainqueurs sont les islamistes d'Ennahda (89 sièges sur 217) et les listes présentées par des personnalités qui ont toujours lutté contre le régime Ben Ali.

Contrasts et répression dans le monde arabe

  • D'une part, le mouvement connaît à la fin de 2011 un coup d'arrêt. En Syrie, la répression est d'une violence inouïe (3 500 morts de mars à novembre 2011 selon les chiffres onusiens — aujourd’hui sans doute plus de 110 000 victimes —, des milliers d'arrestations) au prix de l'isolement du régime, même si Damas a réussi à se préserver symboliquement d'une condamnation par le Conseil de sécurité de l'O.N.U., grâce aux menaces de veto russe et chinois. Mais Damas est de plus en plus isolée au sein de la Ligue arabe. L'avenir du pouvoir de Bachar al-Assad reste très incertain et la contestation interne ne faiblit pas, s'organisant même autour d'un Conseil national syrien (selon le modèle libyen). La répression se poursuit au Bahreïn, avec des procès visant à punir sévèrement toute dissidence (y compris des membres du corps médical qui ont soigné des blessés par balle).
  • D'autre part, l'espoir de changement parmi les manifestants et les sociétés reste ardent.

Partout demeure une aspiration à la liberté, après la prise de conscience par les individus de leur propre souveraineté politique, du fait qu'ils doivent prendre en charge leur propre destinée (et non les partis, ni les organisations, ni un quelconque chef) et qu'ils peuvent peser collectivement sur leur avenir. La libération de la parole, la diffusion des images de Ben Ali prenant la fuite, celles de Moubarak assistant à son procès sur un brancard, entouré de ses fils tant redoutés, en habits blancs de prévenus (comme en 2003 l'image de Saddam Hussein hagard interrogé par un soldat américain), ont profondément et brutalement changé les mentalités et les attitudes au sein des sociétés arabes.

Impacts régionaux et géopolitiques

Dans une zone aussi stratégique que le Moyen-Orient, le printemps arabe fait sentir ses premiers effets à l'échelle régionale, même si ses conséquences sont d'abord internes aux pays concernés (changements de régime et incertitudes de la transition).

  • Par exemple, une Égypte dont le gouvernement serait plus sensible à son opinion publique, bien que des éléments essentiels comme l'armée restent influents et aient souligné leur volonté de maintenir les engagements du pays – particulièrement autour des accords de Camp David –, gérera la frontière avec Gaza, les rapports avec Israël ou avec les Palestiniens différemment du régime Moubarak. Les compromissions diplomatiques et économiques de ce dernier, par exemple les ventes de gaz à Israël au-dessous des cours mondiaux, sont aujourd'hui débattues sur la place publique.

Conclusion : l'incertitude des transitions

  • L'incertitude règne encore quant à l'issue des changements. Les cas égyptiens, syriens, libyens et yéménites sont à cet effet particulièrement symptomatiques.
  • En Égypte, le 3 juillet 2013, le président Morsi a été renversé et jeté en prison par un coup d’État militaire – le nouvel homme fort du régime est le ministre de la Défense et chef de l'armée Abdel Fatah al-Sissi, qui a été élu en mai 2014 à la présidence de la République.
  • En Syrie, a été adoptée le 27 septembre 2013 la résolution 2118 de l’ONU concernant la destruction des stocks d’armes chimiques syriennes (rôle de la Russie, de l’Iran, du Hezbollah libanais, etc.).
  • En Libye, il y a une impérieuse nécessité à reconstruire un État après une guerre civile. Situation de l’Irak et de la Syrie au regard de la poussée de l’État islamique (DAESH).

Les dynamiques mises en œuvre relèvent avant tout de la politique interne aux États concernés, mais elles ne manqueront pas d'avoir des conséquences régionales, voire internationales, importantes.

Les premiers effets régionaux du printemps arabe

Le printemps arabe, dont on pouvait envisager une issue rapide après la chute des régimes de Ben Ali en janvier et de Moubarak en février, s'inscrit dans la durée, avec la résistance des pouvoirs en place, qui se heurte à la détermination tout aussi forte des sociétés.

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