Le régime franquiste : histoire, institutions et conséquences
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Mise en place du régime franquiste
Après la guerre civile, un système politique fondé sur une dictature personnelle fut établi : le régime de Franco, nationaliste et catholique traditionaliste. Franco concentra tous les pouvoirs : Chef de l'État, Chef du gouvernement, Chef des forces armées et dirigeant du parti unique, la Falange Española Tradicionalista y de las JONS (FET y de las JONS), désormais appelée le Mouvement national.
Piliers idéologiques
Les piliers idéologiques du régime étaient : le traditionalisme, la défense de la religion, la famille, l'ordre et la propriété. Le régime comprenait également la lutte contre toute idéologie opposée et l'affirmation de principes considérés comme inaliénables, notamment l'unité de l'Espagne et le catholicisme (le phénomène connu sous le nom de nacional-catholicisme).
Lois et institutions promulguées
Plusieurs lois furent promulguées pour organiser la vie politique et consolider la dictature. Parmi elles :
- La Loi des Cortes (1942) : institua une chambre consultative.
- La Charte des Espagnols (Fuero de los Españoles, 1945) : texte qui reconnaissait certains droits dont l'exercice n'était pas réellement garanti.
- La loi sur le Référendum national (1945) : prévoyait la possibilité de convoquer des référendums contrôlés par le régime.
- La loi sur la succession à la tête de l'État (1947) : établit un modèle politique autoritaire de succession, ouvrant la possibilité d'une restauration monarchique proposée par Franco.
Répression et législation d'exception
Le régime s'appuya sur la répression codifiée par plusieurs lois : la loi de responsabilités politiques (1939), la loi sur la répression de la franc-maçonnerie et du communisme (1940), la loi sur la sûreté de l'État (1941) et la loi de répression du banditisme et du terrorisme (1947). Sur le plan institutionnel, le régime trouva un appui important auprès de l'Église catholique ; l'alliance entre l'État franquiste et l'Église fut renforcée par le Concordat de 1953.
Structure du pouvoir et soutiens internes
Le catholicisme devint la religion officielle sous le contrôle de l'État, et l'Église joua un rôle central dans l'éducation. L'armée resta globalement fidèle, même si son influence politique diminua après 1945 ; certains militaires, ainsi que des hommes politiques comme Carrero Blanco, continuèrent toutefois de jouir d'une grande influence auprès de Franco. La Phalange fut le parti officiel, mais perdit progressivement de l'influence au profit d'autres groupes du régime.
Le contrôle social passait aussi par des institutions économiques et médiatiques : le ministère du Travail, le syndicat unique et certains journaux dépendants du régime. Le soutien social initial provint de l'oligarchie agraire, de la bourgeoisie financière et industrielle et d'une partie de la paysannerie propriétaire provinciale. Dans la bourgeoisie industrielle des années 1950, le soutien se concentra notamment en Catalogne et au Pays basque.
Opposition au régime
L'opposition à Franco prit plusieurs formes :
- le gouvernement républicain en exil et des autorités autonomes ;
- des monarchistes dirigés par Don Juan de Bourbon, qui manifestèrent à Lausanne en 1945 pour réclamer la démocratie et une monarchie constitutionnelle en Espagne ;
- la guérilla intérieure, ou maquis, composée de résistants d'idéologie communiste et anarchiste.
Relations internationales : de la guerre civile à la Guerre froide
La guerre d'Espagne (1936-1939) et le contexte international influencèrent fortement la politique du régime. Entre 1939 et 1942 le régime se rapprocha des pays de l'Axe ; certains ministres des Affaires étrangères envisageaient un régime plus ouvertement totalitaire, à prédominance militaire et phalangiste. L'Espagne, malgré sa sympathie pour les puissances de l'Axe, n'entra pas officiellement dans la Seconde Guerre mondiale : Hitler refusa d'accéder à certaines demandes territoriales et stratégiques de Franco lors des entretiens (notamment l'entrevue d'Hendaye en 1940).
Le régime apporta toutefois un certain soutien matériel et humain : en envoyant des volontaires à la Division Azul sur le front russe, en favorisant le transit d'avions et de navires et en participant au commerce de matières premières comme le tungstène. Entre 1943 et 1945, face aux défaites de l'Axe, Franco se rapprocha progressivement des Alliés et l'Espagne adopta une position de neutralité officielle. Au sein du gouvernement, on trouvait des tendances germanophiles et catholiques incarnées par des personnalités telles que Carrero Blanco, Martín Artajo ou Ruiz Jiménez.
Isolement international et réintégration
Entre 1945 et 1950, l'Espagne connut un isolement international : elle ne fut pas admise à l'ONU et fut condamnée comme un régime fasciste, ce qui entraîna des demandes de retrait d'ambassadeurs et l'exclusion du Plan Marshall. Ces mesures visaient à isoler le pouvoir franquiste, qui ne conserva que le soutien ferme du Vatican, ainsi que celui du Portugal et de l'Argentine.
Le contexte changea avec la Guerre froide : en raison de son anticommunisme, l'Espagne devint progressivement un allié potentiel face à l'URSS. En 1950, l'ONU mit fin à une partie du blocus diplomatique et certains ambassadeurs revinrent. En 1953 furent signés le Concordat avec le Saint-Siège et le Pacte de Madrid avec les États-Unis, qui permirent l'installation de bases militaires américaines (quatre bases) et comprenaient des clauses secrètes concernant la circulation et le stockage éventuel d'armes.
Par la suite, l'Espagne réintégra peu à peu les institutions internationales : l'admission au Fonds monétaire international (1955) et d'autres étapes diplomatiques dont la décolonisation partielle du Maroc en 1956 marquèrent la fin progressive de l'isolement. Ces évolutions furent liées à la logique de la Guerre froide plus qu'à une reconnaissance de la nature démocratique du régime.
L'exil et ses conséquences
L'exil fut la seule issue pour une grande partie des perdants de la guerre civile espagnole. L'Espagne subit une importante perte démographique, économique et politique. Le premier exil massif eut lieu en 1937, après la conquête par Franco du front nord ; des milliers d'enfants furent envoyés en Union soviétique (les « enfants de la guerre »). Les principales destinations des républicains en exil furent la France, où des camps de réfugiés furent établis, et le Mexique, qui accueillit des institutions républicaines en exil.
De nombreux exilés rejoignirent la Résistance et combattirent les forces de l'Axe pendant la Seconde Guerre mondiale ; beaucoup furent tués dans les camps d'extermination du Troisième Reich. Des centaines de milliers d'Espagnols s'installèrent durablement dans leur pays d'accueil ; d'autres revinrent dans les années 1950 et 1960, mais la plupart durent attendre la mort de Franco pour rentrer définitivement.
Remarques finales
Le régime franquiste se caractérisa par la centralisation du pouvoir, le contrôle idéologique via le nacional-catholicisme, la répression juridique et policière, ainsi que par une politique étrangère adaptative qui tira parti des évolutions de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre froide pour sortir progressivement de l'isolement international.