Le règne d'Isabelle II : de l'Ancien Régime au libéralisme
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Le règne d'Isabelle II : une période de transformation
La mort de Ferdinand VII en 1833 a ouvert une longue période de transformation dans la vie espagnole, donnant naissance à de nouveaux droits politiques, économiques, sociaux et culturels. Le règne de sa fille, Isabelle II, a marqué l'étape finale de la transition de l'Ancien Régime vers le libéralisme bourgeois. Une monarchie constitutionnelle a été créée sur la base des principes du libéralisme politique, jetant les bases d'une économie capitaliste, tandis que la société de propriété ancienne disparaissait pour laisser place à une nouvelle société de classes.
La minorité d'Isabelle II s'est déroulée sous deux régences : celle de la reine Marie-Christine, sa mère (1833-1840), puis celle du général Baldomero Espartero (1840-1843).
En 1843, une révolte militaire dirigée par Narváez a fait tomber le gouvernement d'Espartero, qui fut exilé à Londres jusqu'en 1849. Pour éviter une nouvelle régence, les Cortes ont déclaré la majorité d'Isabelle II, qui fut couronnée reine à treize ans.
Élevée par sa mère dans une atmosphère de méfiance envers les libéraux progressistes, elle épousa en 1846 son cousin, François d'Assise. L'échec de ce mariage et sa conduite privée ont alimenté les critiques de ses ennemis, qui l'accusaient de frivolité, affaiblissant ainsi sa position politique. Malgré les rumeurs, Isabelle II est restée populaire jusqu'au début des années 1860. Cependant, son parti pris en faveur des modérés a fragilisé son trône. En 1868, lors du déclenchement de la « Glorieuse Révolution », la reine, alors à Saint-Sébastien, s'est exilée à Paris où elle mourut en 1904.
La Décennie modérée (1844-1854)
Isabelle II a confié la formation du gouvernement au parti modéré dirigé par le général Narváez, qui a soutenu la domination de la bourgeoisie conservatrice pendant dix ans. La Constitution de 1837 fut abrogée au profit d'une nouvelle :
- La Constitution de 1845 : La souveraineté nationale a été remplacée par la souveraineté conjointe du roi et du Parlement. La Couronne a obtenu davantage de pouvoirs (nomination des ministres, des membres du Sénat et dissolution des Cortes). Le système restait bicaméral, avec des membres du Congrès élus au suffrage censitaire (moins de 1 % de la population).
- Le Concordat de 1851 : Signé avec le Vatican, il a réglé la rupture causée par la confiscation ecclésiastique. L'Église a accepté les saisies en échange de la reconnaissance de l'État confessionnel catholique et de son influence sur l'enseignement.
Les modérés ont instauré un régime centralisé :
- Création des provinces comme nouvelle délimitation administrative.
- Loi municipale de 1845 : la Couronne nomme les maires des villes de plus de 2 000 habitants.
- Réforme du système fiscal par Alejandro Mon.
- Création de la Banque d'Espagne.
- Création de la Garde civile par le duc de Ahumada en 1844 pour sécuriser les routes.
Le Biennat progressiste (1854-1856)
Les divisions internes, la corruption et les scandales financiers ont poussé les classes sociales à soutenir les libéraux-progressistes menés par le général Leopoldo O'Donnell. En 1854, le soulèvement de Vicálvaro (la « Vicalvarada ») et le « Manifeste du Manzanares » ont mobilisé les progressistes. La reine a alors appelé Espartero au pouvoir :
- Expulsion des Jésuites et interdiction des manifestations extérieures du culte catholique.
- Projet de Constitution en 1856 (non promulguée).
- Loi de désamortissement général de 1855 (Pascual Madoz) : elle a touché les biens du clergé et des municipalités, provoquant une rupture avec l'Église.
- Lois sur les banques, les mines et la loi générale des chemins de fer de 1855.
La seconde période conservatrice (1856-1868)
Cette période fut marquée par les gouvernements de Narváez et d'O'Donnell, caractérisée par la prédominance des propriétaires terriens, des militaires conservateurs et de l'Église.
La période de plus grande prospérité a coïncidé avec le gouvernement de l'Union libérale d'O'Donnell (1858-1863), favorisée par de bonnes récoltes et l'expansion commerciale (Cuba, Philippines). Une politique étrangère active a été menée (expédition en Cochinchine, guerre au Maroc, occupation de Saint-Domingue).
Parallèlement, les aspirations démocratiques et républicaines ont grandi, accompagnées d'une agitation ouvrière et paysanne. La répression brutale (Nuit de Saint-Daniel, exécutions de San Gil) a conduit à l'alliance des progressistes et des démocrates lors du Pacte d'Ostende (1866) pour détrôner la reine.
En septembre 1868, la flotte espagnole à Cadix, dirigée par l'amiral Topete et soutenue par les généraux Prim et Serrano, s'est révoltée. La victoire de Serrano à Alcolea a marqué le triomphe de la « Glorieuse Révolution » et l'exil d'Isabelle II.