Règne d'Isabelle II et Première République Espagnole (1843-1874)

Classé dans Histoire

Écrit le en français avec une taille de 7,94 KB

Isabelle II : Règne (1843-1868) et Crise Politique

En 1843, le règne d'Isabelle II a véritablement commencé, alors qu'elle n'avait que 13 ans. Cette période de vingt ans fut marquée par des événements significatifs et une tendance politique très conservatrice, régie par la Constitution de 1845.

La Constitution de 1845 et le Régime Autoritaire

Ce régime était autoritaire, limitant les libertés individuelles et les réformes sociales, et favorisant la répression. La reine fut active dans la vie politique.

Les Dix Premières Années : Domination Modérée

Les dix premières années du règne furent caractérisées par la prédominance du général Narváez, chef de file des modérés. Il fut la principale inspiration derrière la Constitution de 1845.

  • La Constitution de 1845 a déclaré l'exclusivité de la religion catholique.
  • Elle a aboli l'Armée Nationale (contrôlée par les progressistes).
  • Le pouvoir législatif était divisé entre le Parlement et le Roi.

Changements Législatifs et Répression

Des changements légaux importants eurent lieu :

  • Loi sur la presse restreignant la liberté de publication et renforçant la censure.
  • Création de la Garde Civile (pour maintenir l'ordre et protéger la propriété en zone rurale).
  • Réforme du Trésor adoptée en 1854.

En 1854, les tribunaux furent suspendus et le gouvernement agit de manière autoritaire. Suite au coup d'État de Vicálvaro, d'autres chefs militaires rejoignirent le mouvement, forçant Isabelle II à confier le gouvernement au général Espartero, avec O'Donnell comme ministre de la Guerre.

Le Biennat Progressiste (1854-1856)

Espartero et O'Donnell formèrent une nouvelle force politique, l'Union Libérale, qui obtint une majorité claire lors des deux années suivantes, avec le soutien des progressistes purs. Ce Biennat fut marqué par un climat de bouleversement constant, notamment l'épidémie de choléra.

La Fin du Règne et le Glorieux

En 1863, O'Donnell démissionna. Le nouveau gouvernement fut dirigé par Serrano, Prim et Sagasta. Ce coup d'État militaire, mené par plusieurs généraux, fut appelé la Révolution Glorieuse.

Un jour après que les forces rebelles eurent renversé le gouvernement, Isabelle II fut exilée à Irun. Une fois son exil entamé, le Congrès élut Figueras, un républicain modéré, à la tête de la République.

La Première République Espagnole (1873-1874)

La République se constitua de manière irrégulière et sans appui politique solide. À l'étranger, seuls les États-Unis et la Suisse la soutenaient. À l'intérieur, les conservateurs la rejetaient, la considérant comme révolutionnaire.

Divisions et Instabilité Républicaine

Le mouvement républicain était divisé entre :

  • Les fédéralistes (partisans d'un État fédéral).
  • Les unionistes (partisans d'un État centralisé).

La République fut confrontée à des soulèvements paysans, des tentatives d'insurrection et un coup d'État avorté. Pour aggraver la situation, Figueras démissionna, cédant la présidence à Margall puis Pi.

La Constitution de 1873 et la Révolution Cantonale

Les Cortes élaborèrent la nouvelle Constitution de 1873, mais elle n'entra jamais en vigueur. La Révolution Cantonale éclata, plongeant le pays dans un processus révolutionnaire qui finit par engloutir la République.

Les groupes fédéralistes se soulevèrent à Carthagène, proclamant le canton (unité territoriale de subdivision) et prenant le contrôle de la flotte. Des conseils révolutionnaires furent rapidement formés dans divers cantons.

Le Tournant Autoritaire

Pendant ce temps, les carlistes profitèrent du chaos pour prendre le pouvoir dans de nombreuses villes. Incapables de reprendre le contrôle, Pi et Margall démissionnèrent. Le nouveau président, Salmerón, opéra un virage à droite : il donna pleins pouvoirs à l'armée, arrêta les foyers de rébellion et rétablit la peine de mort.

Salmerón démissionna finalement avant d'avoir à signer deux sentences de mort. Castelar prit la relève, accentuant le tournant autoritaire : il rétablit les municipalités, suspendit plusieurs droits constitutionnels et supprima la révolution, à l'exception de Carthagène qui résista brièvement.

Cependant, Castelar fut défait lors d'un vote de confiance. Sa chute précipita le coup d'État mené par le général Pavía, qui annonça la fin définitive de la Première République.

La Guerre d'Indépendance à Cuba et le Désastre de 1898

À Cuba, un soulèvement pour l'indépendance se transforma en une révolte généralisée contre la métropole. Cette guerre fut alimentée par la croissance du mouvement indépendantiste cubain et les erreurs commises par l'Espagne.

Phases de la Guerre de Cuba

La guerre traversa plusieurs phases :

  1. Le gouvernement libéral envoya le général Martínez Campos pour négocier, mais cette tentative échoua.
  2. La situation militaire s'aggrava, notamment avec l'adhésion des Philippines à un soulèvement colonial.
  3. Le nouveau gouvernement de Cánovas envoya le général Weyler, expert sur Cuba, qui reprit le contrôle du territoire. Il établit des lignes de séparation par des camps fortifiés ciblant la population civile pour empêcher le soutien aux guérilleros.
  4. Après l'assassinat de Cánovas, Sagasta forma un gouvernement et tenta un projet d'autonomie plus large pour Cuba, avec son propre parlement et les mêmes droits que les Espagnols. Weyler fut remplacé.

L'Intervention Américaine et la Défaite

À ce moment, les États-Unis décidèrent d'intervenir. L'incident déclencheur fut l'explosion du cuirassé Maine, ancré dans la baie de La Havane, qui causa de nombreuses victimes. Les États-Unis accusèrent l'Espagne et exigèrent des garanties pour la sécurité de leur marine.

Washington proposa ensuite d'acheter l'île. Face au refus espagnol prévisible, les États-Unis lancèrent un ultimatum menaçant de guerre si l'Espagne ne renonçait pas à sa souveraineté dans les trois jours.

Conséquences du Traité de Paris

La guerre commença aux Philippines. Bien que l'Espagne ait semblé initialement dominer, les bases américaines finirent par détruire la flotte espagnole et conquérir Manille. L'Espagne fut contrainte de demander un armistice.

Par le Traité de Paris, l'Espagne céda :

  • Cuba (indépendance de fait).
  • Les Philippines, Porto Rico et l'île de Guam (Mariannes) aux États-Unis.
  • Le reste des îles Mariannes, les Carolines et Palau furent cédés à l'Allemagne en échange d'argent (traité entre l'Espagne et l'Allemagne).

Le Désastre de 1898

La perte des colonies en 1898 fut un désastre aux multiples facettes :

  • Crise profonde dans la conscience espagnole.
  • Pertes humaines (mortalité élevée) et dommages psychologiques et moraux.
  • Pertes matérielles et crise politique.
  • Affaiblissement militaire évident.

Après la défaite, les intellectuels et dirigeants furent surpris de constater que ni la guerre ni la catastrophe n'avaient provoqué la ferveur nationaliste cubaine. Le public espagnol accepta la défaite avec résignation et fatalisme.

Entrées associées :