Le règne d'Isabelle II : Régences et instabilité (1833-1868)

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1. Les régences (1833-1843)

  • Mort de Ferdinand VII (29 septembre 1833).
  • La couronne échoit à sa fille Isabelle II (3 ans), sous la régence de sa mère Marie-Christine.
  • Le frère cadet de Ferdinand VII, don Carlos, aurait dû normalement succéder à Ferdinand VII selon la loi salique (loi française qui prétend que les femmes ne peuvent hériter du trône).
  • Ferdinand VII ratifie cette abolition en 1830 à la naissance de sa fille avec la Pragmatique Sanction.
  • Don Carlos se fait alors proclamer roi par ses partisans ; c’est le début de la première guerre carliste.

1.1. La régence de Marie-Christine

  • Malgré le fait que la Régente ne s'identifie pas à l’idéologie libérale, après l’échec de Cea Bermúdez (absolutiste réformiste), les libéraux se sont configurés comme la force unique capable de la maintenir sur le trône.
  • Marie-Christine a appelé Martínez de la Rosa, un libéral modéré, pour former un gouvernement capable de faire face à l'insurrection carliste.
  • Martínez de la Rosa a entrepris une série de réformes très modérées : le Statut Royal.
  • Avec ce statut, les libéraux modérés soutiennent la monarchie d'Isabelle II.
  • Les libéraux plus progressistes ne l’ont pas tout à fait accepté et ont réclamé le retour à la Constitution de 1812.
  • L'échec des réformes de Martinez de la Rosa, le contexte de guerre civile contre les carlistes, la division des libéraux en deux groupes et les révoltes urbaines de l’été 1835 obligent à un changement de gouvernement. La régente Marie-Christine choisit Mendizábal comme premier ministre.
  • La mutinerie de la Granja de San Ildefonso oblige la régente à changer la charte pour la Constitution de 1812.
  • La Constitution de 1837 limite encore les libertés.
  • Suite à la loi des municipalités de Marie-Christine de 1840 et à des problèmes liés à sa vie privée, la Régente démissionne et part à l’étranger. Un nouveau Régent est nommé : le général Baldomero Espartero (1793-1879).

1.2. La régence du général Baldomero Espartero (1840-1843)

  • Le général Espartero était entré dans l’armée lors de la guerre d’indépendance et a connu une rapide promotion à la faveur des guerres d’Amérique entre 1815 et 1824. Les victoires de la guerre carliste lui permettent ensuite d’accumuler plusieurs titres et distinctions. En 1840, il était l’homme le plus populaire.
  • Son action à partir de 1840 a consisté à remettre en vigueur les mesures prises par les gouvernements progressistes de 1835-1837.
  • Les principales mesures nouvelles concernent la vente des biens du clergé (1841) et la loi sur les douanes (politique protectionniste).
  • Espartero a dû se battre sur deux fronts : celui de l’opposition modérée et celui des progressistes civils.
  • L’opposition modérée, avec l’aide de Marie-Christine et de son entourage, tente un coup d’État en octobre 1841 pour reprendre le pouvoir, mais ils échouent et une forte répression est mise en place.
  • En parallèle, les relations avec les progressistes se dégradent aux Cortès, qui n’acceptaient pas la dérive autoritaire du pouvoir et le manque d’autonomie des ministres choisis parmi ceux qu’on surnommait les “ayacuchos”.
  • La signature d'un accord de libre-échange avec l'Angleterre a engendré de grandes manifestations à Barcelone à la fin de 1842, qui ont été durement réprimées.
  • Le bombardement de la ville conduit Espartero à la fin de sa popularité.
  • En 1843, un soulèvement militaire organisé par les modérés, qui ont rallié certains progressistes, a précipité la fin de la régence d'Espartero.
  • Pour sortir de l'impasse politique, les nouvelles autorités ont accéléré le couronnement de la reine Isabelle II, âgée seulement de treize ans.

1.3. La première guerre carliste (1833-1840)

  • La première guerre carliste commence au lendemain de la mort de Ferdinand VII en 1833, après avoir désigné pour lui succéder sa fille, la future Isabelle II.
  • Le frère du roi défunt, don Carlos, s’appuie sur l'Espagne traditionaliste pour revendiquer la couronne d'Espagne.
  • La reine régente Marie-Christine se voit de son côté contrainte à s'allier avec les libéraux pour se défendre contre les partisans de l'absolutisme.
  • La guerre se déroule en trois phases :
    • La première a eu lieu entre la publication du Manifeste d’Abrantes (1833) et la mort du général carliste Zumalacárregui (1835).
    • La deuxième s’achève avec l’échec de l’expédition des carlistes à Madrid (octobre 1837).
    • La dernière, de 1837 jusqu’à 1840, est caractérisée par la division des carlistes entre ceux qui appuient la religion et les traditions et ceux qui cherchent à trouver des accords avec les libéraux. Un premier traité de paix est signé - la Convention d'Ognate (en espagnol Convenio de Vergara) - le 29 août 1839 entre le général libéral Baldomero Espartero et les représentants du général carliste Rafael Maroto, qui met un terme au conflit basco-navarrais. En Catalogne et dans le Maestrazgo, des combats acharnés se prolongent en 1840, jusqu’à la défaite de Morella (mai 1840).
  • Ce conflit sanglant a suscité en Europe de nombreuses réactions de soutien ou de rejet, dans un contexte de rééquilibrage des grandes puissances.
  • À ce moment-là, en Espagne, l’absolutisme européen et le libéralisme conquérant se trouvent face à face.
  • Le carlisme défend à ses débuts le rétablissement de l'Ancien Régime - plus tard une monarchie modérée - et s'oppose aux cercles politiques plus libéraux et centralistes des Bourbons et au clan qui gravite autour d'Isabelle II.

1.4. Le désamortissement de Mendizábal (1836)

  • Le premier ministre libéral Mendizábal est nommé par la régente Marie-Christine pour venir à bout de la rébellion carliste.
  • Le programme de Mendizábal incluait le désamortissement des biens de mainmorte (confiscation d'une partie des biens du clergé), la fin immédiate de la guerre carliste et l'élimination de la dette publique.
  • Les bénéficiaires de l’opération sont soit des membres des classes moyennes, soit de gros propriétaires (les nobles).
  • L’Église a fait face à l’État libéral pour ces mesures, cependant les propriétaires qui avaient pu acheter les terres désamortissées ont soutenu le gouvernement. Quant à la dette publique et à la guerre, les mesures de Mendizábal ont échoué.

2. La décennie modérée (1844 – 1854)

Après la chute d’Espartero et la fin des régences (Isabelle II est proclamée majeure), s’ouvre une longue période d’apparente stabilisation. À l’exception d’une parenthèse de deux ans (1854-1856), une même mouvance politique gouverne jusqu’en 1868 : celle des modérés, à travers une même constitution, adoptée en 1845. C’est une période de stagnation entre deux phases révolutionnaires.

2.1. La Constitution de 1845

  • Les élections de 1844 avaient donné la majorité aux modérés qui formèrent un gouvernement présidé par le général Narváez.
  • Réforme de la Constitution de 1837.
  • La nouvelle Constitution remplace la souveraineté nationale par une souveraineté partagée entre le roi et les Cortès.
  • Les Cortès (corps législatif) s'organisent en deux chambres : Congrès des députés et Sénat.
  • Sénat nommé par le roi.
  • Le Congrès perd de l'autonomie par rapport au monarque et, avec la restriction du suffrage universel, le contact avec les électeurs se trouve réduit.
  • En matière religieuse, le texte revient à un confessionnalisme de l’État en déclarant que la religion de la nation espagnole est catholique, apostolique et romaine.

2.2. La réforme politique et administrative des modérés

  • En 1845, la loi des municipalités de 1840, dont le rejet avait suscité l’arrivée d’Espartero au pouvoir, est restaurée et les plus grandes villes sont désormais dirigées par un “alcalde” nommé par le pouvoir central.
  • L'Espagne est divisée en provinces.
  • D’autres réformes mises en place par les modérés concernaient les finances publiques, l’enseignement supérieur et la création d’une force publique alternative à la Milice nationale : la Garde civile.
  • Finalement, la volonté de mettre un terme à la mobilisation populaire se traduit par la réduction de la liberté de presse (loi de 1844) et par la loi électorale de 1846 qui change le niveau du cens et réduit le corps électoral à 0,8% de la population.

2.3. L’opposition au modérantisme

  • Les modérés refusent toute idée d’alternance au pouvoir et disqualifient à cet effet très tôt les progressistes.
  • Les progressistes ont perdu le contrôle de la situation : les règles politiques ne les laissent pas accéder au pouvoir de façon pacifique. Quant aux carlistes et aux républicains, ils n’avaient d’autre moyen que l’insurrection.
  • En 1845, Charles de Bourbon, prétendant au trône d'Espagne sous le nom de Charles V, abdique en faveur de son fils Charles Louis de Bourbon, comte de Montemolín, qui prend le nom de Charles VI, et fait éclater la seconde guerre carliste ou guerre des Matiners (1846 à 1849). Mis en échec et fait prisonnier en débarquant à San Carlos de la Rápita (Tarragone), Charles VI a dû renoncer à ses droits en faveur de son frère Jean.
  • Dès 1848, les modérés avaient augmenté la répression politique et développé un gouvernement autoritaire. Les progressistes, ayant échoué lors des manifestations révolutionnaires de 1848, se tournèrent vers la gauche des libéraux radicaux.

2.4. La reconnaissance internationale

  • Quant à la politique internationale, la reine Isabelle II est reconnue comme reine d’Espagne par l’Autriche, la Prusse et le Piémont, qui n’avaient pas encore fait cette reconnaissance du fait de l’hostilité du gouvernement espagnol envers les révolutions européennes de 1848 (le printemps des peuples). En plus, Isabelle II obtient aussi la reconnaissance comme reine d’Espagne par le Saint-Siège, étant donné sa participation à l’expédition militaire française contre la République romaine pour aider le Pape Pie IX. Suite à cette reconnaissance, l’Espagne signera le Concordat (1851) pour rétablir les relations entre l’État et l’Église, très détériorées à cause des politiques de désamortissement des libéraux, par lequel l'État reconnaissait l'Église catholique comme la seule de la nation espagnole ainsi que son droit à posséder des biens.

3. Le biennat progressiste (1854 – 1856)

  • Mauvaise situation des progressistes : refus des modérés de partager le pouvoir, dure répression, insuffisante place accordée aux Cortès.
  • Cette situation conduit les progressistes à la vie insurrectionnelle.
  • Le progressisme n’est pas parvenu à dégager de manière durable la politique mise en place par les modérés ; le biennat progressiste est donc la seule période où ils exercent le pouvoir.

3.1. L’insurrection de 1854

  • En juillet 1854, les progressistes et des modérés opposés à Narváez, dirigés par le général O’Donnell, se soulèvent contre le gouvernement.
  • Le Manifeste de Manzanares (juillet 1854) contenait des revendications progressistes : la révision de la liberté de presse, la loi électorale ou le retour de la Milice nationale.
  • Le soulèvement des villes et la constitution de juntes suivent le pronunciamiento selon un schéma solidement établi.
  • Les juntes où dominent les progressistes sont toutefois débordées par les démocrates et la mobilisation populaire est très active dans les villes.
  • Pour éviter une révolution, la couronne n’a d’autre choix que le retour d’Espartero, réclamé par les insurgés.

3.2. Les grandes lois progressistes

  • La Constitution non promulguée de 1856 : la reine avait accédé à l’élaboration d’une nouvelle Constitution, qui n'était en fait que la Constitution de 1845 dans laquelle quelques principes progressistes étaient reconnus. Cependant, elle n’a pas pu être promulguée.
  • Le désamortissement de Madoz : une nouvelle loi de désamortissement de mainmorte qui concerne tous les biens n’appartenant pas à des individus de statut privé, entreprise par le ministre des finances Pascual Madoz. Un caractère particulier de cette étape est l’accession aux enchères des agriculteurs locaux, absents des ventes précédentes, mais la vente des biens communaux profite à ceux qui étaient déjà des possédants ; les paysans sans terre n’y gagnent rien. D’ailleurs, la transformation des communaux en propriétés privées leur fait perdre les rares avantages qu’ils en tiraient.
  • La loi des chemins de fer : cette loi (juin 1855) a rendu possible la construction du réseau de chemin de fer en Espagne. L’objectif était d’améliorer l’investissement par le biais de l’importation et l’exportation de matières premières et produits.

3.3. La crise et la chute du biennat progressiste

  • Le contexte était difficile et troublé par la question sociale. Dans une ambiance de tolérance et de liberté, le malaise ouvrier dû aux crises et à un capitalisme encadrant légal se faisait entendre. Des grèves et révoltes en Catalogne, des nouvelles revendications (droit d’association, limitation de l’horaire légal de travail…), contestations dans les campagnes - surtout en Andalousie - fragilisées par les crises et les désamortissements. La rédaction d’une loi sur le travail fut la tentative du gouvernement de freiner la contestation ouvrière.
  • Par ailleurs, il existe aussi une désunion des progressistes face à la crise. D’un côté, l’aile gauche qui se rapprochait des démocrates et des mouvements contestataires ; de l’autre, l’aile modérée qui se rapprochait de l’Union libérale, avec l’objectif de regrouper les modérés non absolutistes et les progressistes les moins radicaux. Face à ces crises, Espartero démissionne et fut remplacé par O’Donnell qui réprima les contestations et suspendit l’élaboration de la nouvelle Constitution.

4. La monarchie en crise (1856 – 1868)

  • Le 14 juillet 1856, le général O’Donnell lance un pronunciamiento militaire pour rétablir le régime modéré.
  • Après l’échec progressiste, les modérés reviennent au pouvoir avec le gouvernement de Narváez.
  • Pendant les dix années qui suivent, l’alternance politique entre l’Union libérale et le parti des modérés ne parvient pas à stabiliser le pays.
  • La montée des oppositions dans un contexte de crise débouche sur la Révolution de 1868 qui met un terme au règne d’Isabelle II.

4.1. Les gouvernements unionistes (1856-1863)

  • Narváez rétablit la Constitution de 1845 et la loi électorale de 1846.
  • On ne peut parler d’un retour en arrière ou d’une nouvelle véritable décennie modérée.
  • Le pays a changé : économiquement plus développé et socialement plus engagé en matière politique.
  • Narváez ne trouve pas l’équilibre entre les Cortès et la cour royale.
  • Son projet de réforme des institutions est rejeté.
  • En juin 1858, la Reine appelle à la tête du gouvernement le général O’Donnell.
  • Elle représente la volonté de trouver un nouveau point d’équilibre entre la cour et les Cortès, dans le cadre de la Constitution de 1845.
  • Ce point d’équilibre est cette fois-ci davantage favorable aux Cortès : il évite sa dissolution, propose un retour au débat parlementaire et accepte l’opposition parlementaire.
  • Les Cortès sont limitées par le contrôle gouvernemental sur les élections.
  • Le gouvernement d’O’Donnell a la volonté de redonner à l’Espagne une place internationale. Les expéditions lointaines se multiplièrent.
  • Échec dans la colonisation.
  • Le parti de l’Union libérale commence sa décomposition en 1861 et se fractionne en clans rivaux avec des intérêts et des ambitions qui deviennent contradictoires.
  • La fin de l’appui de la cour a fait le reste et précipite la chute d’O'Donnell, en mars 1863.

4.2. L’effondrement du régime sous les modérantistes (1863-1868)

  • Les cinq dernières années du règne d’Isabelle II voient le retour des modérés autoritaires et de Narváez.
  • Le régime exerce le pouvoir en marge de la vie parlementaire et avec la répression de toute opposition, ce qui n’est plus en phase avec la demande sociale.
  • Apparition de la première révolte étudiante (1865), avec l’intervention de la Garde civile et plusieurs victimes.
  • Soulèvement des sergents de San Gil (1866), de la caserne de Madrid, avec des dizaines de victimes lors des combats et l’exécution de 66 sergents.
  • En 1867, l’opposition plurielle commence à s’organiser.
  • Démocrates et progressistes se retrouvent en Belgique et signent le célèbre pacte d’Ostende qui envisage le départ d’Isabelle II et l’élection d’une nouvelle Assemblée constituante au suffrage universel en vue d’établir, pour la première fois en Espagne, un régime démocratique.
  • La crise économique de 1866 (chute de la bourse des investissements, crise des banques et gel du crédit, hausse du prix des importations affectant surtout le textile catalan) accroît les mécontentements et pousse l’Union libérale vers l’opposition.
  • La mort d’O’Donnell en 1867 et celle de Narváez une année plus tard ont laissé la Reine sans soutien politique.

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