La Restauration de la Monarchie en Espagne (1874-1902)

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La Restauration de la Monarchie en Espagne

Après le règne d'Isabelle II, le système politique fut créé par les dirigeants des principaux partis, désormais appelés conservateur et libéral, héritiers des anciens groupes modérés et progressistes. Cette longue période comprend le règne d'Alphonse XII et la régence de Marie-Christine de Habsbourg, et elle est régie par la Constitution de 1876. Cette étape sera sérieusement ébranlée par l'impact de la guerre à Cuba et la catastrophe de 1898. La croissance économique indéniable de la fin du siècle n'a pas permis d'atteindre le niveau de développement des grandes puissances, déjà immergées dans la seconde révolution industrielle. La société de la Restauration reste caractérisée par l'arriération, l'analphabétisme et une distribution inégale des richesses.

Le retour des Bourbons et le rôle de Cánovas

Le retour des Bourbons, après le coup d'État du général Pavía et la dissolution du Parlement, a établi un gouvernement provisoire. En théorie, la République était encore en vigueur, mais en pratique, il s'agissait d'une dictature militaire du général Serrano. Une augmentation des impôts et de nouvelles manifestations ont permis d'arrêter l'avance carliste. Mais à la fin de l'année, la position de Serrano était déjà fragile, tandis que le soutien à la cause alphonsine croissait parmi les classes moyennes et dans l'armée. Le prince Alphonse signa le Manifeste de Sandhurst, suivant les conseils de Cánovas, garantissant le dialogue, une monarchie constitutionnelle et sa volonté d'accepter les progrès politiques réalisés dans l'administration. Cánovas préparait le retour à la monarchie, mais les généraux monarchistes prirent les devants et se prononcèrent à Sagonte en faveur de la royauté. Le gouvernement n'offrit aucune résistance et démissionna. Cánovas forma alors un gouvernement de régence et proclama Alphonse roi.

Les premiers pas du régime et la fin des conflits

Pour restaurer l'autorité de la Couronne, Cánovas nomma de nouveaux gouverneurs et maires monarchistes et promulgua une série de mesures répressives contre l'opposition. La répression fut sélective : Cánovas resta en contact avec les dirigeants progressistes car il souhaitait que les démocrates acceptent la monarchie et s'affilient au nouveau régime politique. La dernière campagne contre les carlistes permit d'abord de réduire la zone carliste catalane, puis de resserrer le siège sur les noyaux de Navarre et du Pays basque, pour aboutir à leur reddition en 1876 (Manifeste de Somorrostro). Le carlisme fut défait, mais le sentiment régionaliste subsista. Le mouvement traditionaliste ultra-conservateur et catholique ne disparut pas non plus ; en fait, le carlisme resta vivant. La fin de la guerre carliste permit d'envoyer des troupes à Cuba. Pendant deux ans, une négociation efficace fut combinée à une action militaire. La paix de Zanjón, qui mit fin à la guerre en 1878, incluait une large amnistie, la liberté pour les esclaves venant d'Asie et une série de réformes juridiques.

Le système de Cánovas et la Constitution de 1876

Antonio Cánovas del Castillo fut le personnage clé de la Restauration. Son premier but était d'établir solidement la monarchie, même au-dessus de la Constitution. Pour lui, la monarchie et le Parlement étaient les deux piliers de l'histoire de l'Espagne. Le pouvoir public devait récupérer le prestige perdu sous Isabelle II. Il pensait à une monarchie partageant la souveraineté avec le Parlement, disposant d'une expertise approfondie et jouant un rôle actif dans la vie politique.

Lors des élections aux Cortes constituantes de décembre, convoquées au suffrage universel, le processus électoral fut manipulé pour obtenir une large majorité de candidats gouvernementaux. La Constitution de 1876 est un texte souple, permettant aux partis stables d'accepter le système. Son inspiration est doctrinaire et conservatrice. La déclaration des droits et devoirs est vaste et comprend presque tous les acquis de 1869. Concernant les pouvoirs de l'État, la Constitution établit le principe de souveraineté partagée, précisant que le pouvoir législatif réside dans les Cortes avec le Roi. Le pouvoir public peut s'opposer à un projet de loi du législateur.

Organisation des pouvoirs et droits

  • Les tribunaux (Cortes) : Ils sont bicaméraux, avec une chambre haute (Sénat) composée de trois types de sénateurs : de droit propre, par nomination royale, et élus par les corporations et les plus gros contributeurs.
  • Le pouvoir exécutif : Il est dévolu à la Couronne par l'entremise des ministres, responsables devant les Chambres. Le roi choisit librement le chef du gouvernement et n'est pas responsable devant les Cortes.
  • Justice et Religion : Le texte maintient l'indépendance du pouvoir judiciaire et l'unité des codes. La question religieuse est résolue par la reconnaissance du catholicisme comme religion d'État et l'entretien du culte et du clergé.

Les députés étaient élus et rééligibles indéfiniment selon la méthode prescrite par la loi. Un autre point fondamental est que tous les citoyens ont le droit d'exprimer librement leurs idées et opinions, de se réunir pacifiquement, et d'adresser des pétitions individuelles ou collectives au Roi, aux tribunaux et aux autorités.

Évolution politique jusqu'en 1902

Entre 1885 et 1890, le Parti libéral, dirigé par Sagasta, fut au pouvoir lors du « Long Parlement », le seul de la Restauration à avoir duré presque jusqu'à la limite constitutionnelle. Le gouvernement Sagasta mit en œuvre un programme d'ouverture politique : rétablissement de la liberté d'enseignement, élargissement de la liberté de la presse, restauration de la liberté d'association et adoption d'un nouveau Code civil. La réforme la plus importante eut lieu en 1890 avec la nouvelle loi électorale établissant le suffrage universel masculin, bien que ses effets fussent atténués par la manipulation électorale.

Entre 1890 et 1892, les conservateurs reprirent le pouvoir. L'étape fut marquée par l'adoption de la loi tarifaire de 1891 en raison de la crise économique européenne. Le retour des libéraux fin 1892 mit en avant un projet de réforme administrative pour Cuba, finalement retiré. En février 1895, l'insurrection éclata, menant à la guerre de Cuba. À la fin des années 1890, la guerre, l'affrontement entre dirigeants politiques et la dépression économique commencèrent à saper le système de la Restauration.

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