Sartre : La Liberté, la Mauvaise Foi et la Conscience
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Sartre et le concept de mauvaise foi
Pour Sartre, la mauvaise foi est une forme d'auto-tromperie dans laquelle nous nous persuadons nous-mêmes que nous sommes limités par des circonstances extérieures, plutôt que de reconnaître notre liberté fondamentale de choisir et d'agir. C'est un état dans lequel nous refusons de prendre la pleine mesure de notre responsabilité dans nos propres actions et de notre pouvoir de décision.
La mauvaise foi se manifeste lorsque nous nous cachons derrière des rôles sociaux préconçus et des attentes normatives, plutôt que d'assumer la responsabilité de créer notre propre sens et de prendre des décisions authentiques. Nous nous contentons de suivre les chemins tracés par la société, les conventions et les attentes des autres, sans remettre en question leur validité ou leur pertinence pour notre propre existence.
Le concept de mauvaise foi de Jean-Paul Sartre nous invite à réfléchir sur la façon dont nous nous trompons nous-mêmes et évitons de prendre la pleine mesure de notre liberté et de notre responsabilité. En reconnaissant la mauvaise foi dans nos propres vies, nous pouvons ouvrir la voie à une existence plus authentique et significative.
Facticité et transcendance
Il n'empêche que je fasse des expériences d’introspection ; je me demande ce que je suis. Je me vois moi-même comme autre chose que moi-même, je fais de moi un objet de ma propre perception, je deviens donc différent de ce que je suis. Je suis toujours dans une situation : c'est la facticité (ce que je suis dans les faits, selon Sartre).
Et je suis toujours une transcendance : toujours au-dessus de ces faits, à leur donner un sens. La conscience me rend toujours différent de moi-même. La conscience, par sa transcendance, implique une liberté totale. C’est moi qui donne à chaque instant le sens de ce que je suis.
L'exemple du garçon de café
Dans L'Être et le Néant, Sartre prend l’exemple d’un garçon de café (un serveur) : il a l'impression que le garçon de café joue à être un garçon de café. Il essaie de montrer à ses clients qu’il est complètement dans son activité : « Des précautions pour enfermer l’homme dans ce qu’il est. » C‘est lui qui choisit à chaque instant de souscrire à ce rôle. Nous nous donnons toujours un sens et nous pouvons toujours nous en donner un autre. Même si une situation m'est donnée, cette situation ne détermine pas qui je suis.
Ce que nous sommes et ce que nous faisons n’est jamais déterminé par une situation.
- Sartre s’oppose au déterminisme : pour Sartre, la conscience donne toujours un sens à ce que nous sommes. Selon le déterminisme, toute chose a une cause. Il n’y aurait pas de chose libre et même nos choix auraient des causes.
- Sartre s’oppose aussi à l'essentialisme. Esse signifie « être » en latin ; l’essence d’une chose, c’est ce qu’elle est, et l’existence d’une chose, c’est le fait qu’elle est.
L'existence précède l'essence
C’est l'idée que nous serions quelque chose de préprogrammé avant d’agir. Sartre dit : « L’existence précède l’essence ». Nous ne sommes pas quelque chose de préorganisé. Pour Sartre, nous ne sommes rien au départ, et c’est par cela que nous créons et recréons toujours ce que nous sommes.
Cette transcendance de la conscience implique une totale liberté. Ces deux théories font partie de ce que Sartre appelle la mauvaise foi : tout ce qui nie notre liberté. La mauvaise foi est un mensonge envers soi-même qui consiste à cacher notre liberté.
Pourquoi cache-t-on notre liberté ?
- Elle implique que nous ne sommes rien. Cette liberté nous fait faire face à notre vide existentiel.
- C’est nous qui avons la charge totale de ce que nous sommes. À chaque instant, nous sommes responsables de ce que nous sommes.
Les manières d'être de mauvaise foi
- Le déterminisme.
- L'essentialisme.
- La fuite devant les choix.
Sartre raconte l’histoire d’une femme qui va à un rendez-vous amoureux. Cette femme est sensible au désir qu’elle inspire, mais ne veut pas donner une mauvaise impression. La personne avec laquelle elle a rendez-vous lui prend la main. Cet acte est déterminant : là, elle doit faire un choix, tout ce qu’elle va faire aura un sens. Troisième solution de mauvaise foi : elle laisse sa main mais change de thème de conversation. Elle serait de mauvaise foi si elle pensait qu’elle a réussi à fuir le choix.
Ces trois manières d'être de mauvaise foi reviennent toutes à nier notre liberté et à oublier la transcendance de notre conscience. C’est la transcendance de notre conscience qui fait que je ne suis pas une essence prédéterminée ; je ne suis rien et je crée constamment ce que je suis. C’est cela qui fait qu'à tout moment, je suis l’auteur de mes choix et je ne peux m’en échapper.
L'angoisse et la liberté
Si je ne peux pas fuir ce choix : « Nous sommes condamnés à être libres. » L'angoisse, c’est devoir faire face à un choix qu'on ne veut pas faire. « L’homme est angoisse. » Mais les hommes, en général, sont de mauvaise foi : ils cherchent à se masquer l’angoisse, à la fuir. Sartre fait référence à Kierkegaard et à l’angoisse d’Abraham, ou encore à l’exemple du chef militaire. Agir, c’est faire l’expérience de l’angoisse.
La conscience me fait à la fois facticité et transcendance et, par cette transcendance, je suis toujours l’auteur de mes actes et de tout ce que je suis. La transcendance de la conscience me rend donc entièrement libre. Ce serait vrai si je pouvais assurer que je suis à chaque instant conscient de mes actes. Or, il existe dans ma vie, dans mon expérience, des moments dans lesquels ce que je fais échappe à mes intentions conscientes. Il faut donc analyser ces actes inconscients.
Conclusion
Nous avons vu que la conscience était un rapport au monde et à soi. En tant que rapport, elle nous mettait en relation avec un monde et nous-mêmes ; elle mettait en relation un sujet et un objet. Ceci impliquait une duplicité en nous-mêmes. Nous sommes celui qui a conscience de soi et celui dont nous avons conscience. Le problème était donc de savoir si nous pouvions accéder adéquatement à nous-mêmes, coïncider avec nous-mêmes et nous connaître tels que nous sommes.
La première solution que nous avons trouvée à ce problème résidait dans le cogito : « Je pense, donc je suis ». Je suis une chose qui pense et cet accès à moi-même est la première et la plus immédiate certitude. Mais cette chose, jamais nous ne pouvions savoir ce qu’elle est. L’idée même qu’il y ait une chose à l'origine de nos pensées est finalement peu certaine. Nous avons vu que la grammaire nous fait créer des entités qui seraient à l'origine de nos pensées. Le sujet n’est, de ce point de vue, qu’une fiction grammaticale. Nous ne sommes que des flux de pensées toujours différentes.
Pour autant, toutes nos pensées et nos expériences ont un point commun : elles sont les nôtres. Ce qui assure cette unité de la personne, c’est d’une part la mémoire et d’autre part un acte d’unification impliqué par l’affirmation « je pense », implicitement contenue dans toutes mes expériences. Ce « je pense » n’est pas une chose, c’est une forme par laquelle je rassemble mon expérience dans ma conscience. Concrètement, et dans ma vie active, cette dualité fait que je suis toujours en dessous de moi-même, en train de donner un sens à la situation que je vis.
III. La conscience et l’action
La conscience est différente d’une chose : elle n’est pas fermée sur elle-même, elle est toujours ouverte sur autre chose qu’elle-même. Sartre donne l'exemple de l’arbre dans Situations I : quand ma conscience se dirige vers l’arbre, elle sort d’elle-même, mais ne devient pas l’arbre. Donc, la conscience est vide, elle n’a pas de « dedans ».
Alors, qu’est-ce que je connais de moi-même ? Lorsque je me tourne vers moi-même, dans l’introspection, que vois-je de moi-même ? Des situations. Je me vois dans des situations, je donne un sens à ces situations, je me donne un sens dans ces situations. Par la conscience, je suis facticité et transcendance.
- Facticité : Ce que je suis dans les faits.
- Transcendance : Être au-dessus. Je suis au-dessus de moi-même et je donne un sens à ces faits et à moi-même (à ma facticité).
L’existence précède l’essence. Je n’agis pas en fonction d’une essence prédéterminée, mais, du fait d’exister, je crée et recrée constamment mon essence. L’homme n’est pas quelque chose, il se fait. Ceci implique une totale liberté. Ce ne sont pas les situations (puisque la conscience les transcende) ni mon essence supposée (puisque ma conscience est vide) qui me déterminent ; c’est ma transcendance qui donne constamment un sens à ce que je suis. Le déterminisme est donc une théorie de mauvaise foi.