Science et Réel : Rationalisme et Positivisme
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B. Les approches de la science face au réel
1. Le rationalisme scientifique
La position consistant à étendre à l'ensemble de la réalité la possibilité d'une connaissance objective se nomme rationalisme. C'est sur ce postulat de la raison que repose toute la science moderne. Ainsi, Galilée énonce que "la nature est comme un livre écrit en langage mathématique" : pour comprendre la nature et son fonctionnement, il faut d'abord comprendre que l'on peut rendre compte de tous les phénomènes à l'aide de lois rationnelles et nécessaires.
L'idée est donc bien que la réalité serait, dans son ensemble, dotée d'une structure mathématique que la raison n'aurait plus qu'à déchiffrer à l'aide des outils mathématiques. Or, si la réalité possède une structure mathématique connaissable par la raison, on peut faire l'hypothèse que tout phénomène est, en théorie, prévisible. Autrement dit, si la nature est déterminée, la science devra être capable de tout prévoir : à partir du moment où les lois naturelles régissant les phénomènes sont établies, la science devient capable de produire des prédictions. C'est ce que fait la météorologie lorsqu'elle annonce le temps qu'il fera dans les jours à venir.
S'il pouvait exister un être capable de saisir par la raison toutes les lois de la nature et tous les êtres qui la composent, celui-ci serait alors capable de connaître tout ce qui a lieu mais aussi tout ce qui se produira. La célèbre expérience de pensée du "démon de Laplace" illustre une version forte du déterminisme. "Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, […] embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l'univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l'avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux." (Pierre-Simon Laplace)
S'il pouvait exister un être capable de saisir par la raison toutes les lois de la nature et tous les êtres qui la composent, celui-ci serait alors capable de connaître tout ce qui a lieu mais aussi tout ce qui se produira. Laplace propose donc ici une version forte du déterminisme. Dès lors que l'on adopte une position rationaliste, selon laquelle la raison est capable de rendre compte de tous les phénomènes, l'ensemble du réel semble pouvoir être expliqué à l'aide de lois universelles.
2. Les sciences humaines et les lois de l'homme
Le rationalisme qui accompagne le développement des sciences modernes va peu à peu déborder le cadre de l'explication de la nature pour tenter de rendre compte de l'ensemble des phénomènes existants. Ainsi, son ambition va être de construire des sciences capables d'expliquer également l'ensemble des comportements humains. C'est la tâche que se donneront les sciences humaines qui se développent à partir du XIXe siècle (la psychologie, la sociologie, l'histoire, l'économie ou encore la linguistique).
Cette idée que la raison pourra peu à peu, par son travail sur le réel, rendre compte de l'ensemble des phénomènes existants, est notamment énoncée par le philosophe positiviste Auguste Comte. Celui-ci schématise ce progrès de la raison dans la connaissance par ce qu'il nomme la loi des trois états. Toutes les branches de la connaissance théorique passent successivement par trois états :
- Le premier est l'état théologique, qui dure jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. L'explication de chaque phénomène réel était trouvée dans une intention divine. Par exemple, la foudre était l'œuvre de Zeus. Ce premier état de l'humanité se divise lui-même en étapes : l'animisme qui affirme la présence de nombreux esprits dans la nature, puis le polythéisme qui rassemble sur plusieurs dieux la responsabilité des événements, et enfin le monothéisme qui conçoit un dieu unique créateur et tout-puissant.
- Le deuxième est l'état métaphysique, où l'on cherchait les causes des phénomènes réels dans les qualités ou la volonté de la nature. Par exemple, la nature aurait "horreur du vide".
- Le troisième est l'état positif ou scientifique : au lieu de rechercher les causes des phénomènes (se demander pourquoi tel phénomène se produit), on en recherche les lois (se demander comment un phénomène se produit).
Le caractère fondamental de la philosophie positive est de regarder tous les phénomènes comme assujettis à des lois naturelles invariables. Or, ce que souligne Comte, c'est que si cet état positif a été atteint dans les sciences de la nature, ce n'est pas le cas des sciences de l'homme, et en particulier de l'explication des phénomènes sociaux, qui continuent de rendre compte des phénomènes humains en s'appuyant sur les causes. L'enjeu de la philosophie de Comte est alors de poser les premiers jalons d'une science positive des phénomènes humains, de ce qu'il nomme une "physique sociale". Dans cette perspective, il s'agit bien de rendre compte des comportements humains à l'aide de lois universelles : le travail des sciences humaines va dès lors consister à découvrir les lois qui régissent l'action de l'homme.