La Seconde République espagnole : Crises et Réformes

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Les problèmes sociaux et l'impact de la crise de 1929

L'impact de la crise de 1929 frappe durement l'Espagne dès 1930. La République doit affronter le pire de cette crise, se développant ainsi dans une situation très défavorable. Cela entraîne une hausse du chômage, des fermetures d'entreprises et des conflits sociaux généralisés. Le gouvernement élabore une législation pour protéger les travailleurs, sous l'impulsion de Largo Caballero, chef de l'UGT et ministre du Travail.

La question agraire et les décrets municipaux

En matière agricole, un décret oblige les propriétaires fonciers municipaux à embaucher des travailleurs résidant dans la municipalité où se trouve le bien, évitant ainsi la baisse des salaires.

Législation du travail et jurys mixtes

Une loi sur le contrat de travail régit la négociation collective, le droit de grève et les congés payés. Une autre loi crée un jury mixte pour l'arbitrage obligatoire des conflits du travail sans solution négociée. Ces jurys, composés d'employeurs et d'employés (similaires aux comités mixtes créés sous l'étape de Primo de Rivera), dictent une solution obligatoire pour les parties impliquées.

La réforme agraire : objectifs et structure

La République lance une réforme du droit agraire visant un changement structurel dans les campagnes espagnoles, en se concentrant sur les aspects sociaux, politiques et économiques :

  • Objectif social : Fournir des terres aux agriculteurs pour assurer leur adhésion à la République et éviter les conflits sociaux révolutionnaires dans les campagnes.
  • Objectif politique : Éliminer la puissance économique des grands propriétaires terriens, d'idéologie monarchique et ennemis de la République.
  • Objectif économique : Améliorer la production agricole et les revenus des agriculteurs, une étape devant encourager le développement commercial et industriel.

Les terrains expropriés deviennent la propriété de l'État à travers l'Institut de Réforme Agraire (IRA), organisation responsable du transfert des colonies vers un système collectif paysan ou un système d'exploitation individuel.

Résultats et oppositions à la réforme

Les résultats sont limités, avec peu de colonies créées, peu d'expropriations et peu d'agriculteurs installés. Contre la réforme agraire se dressent les partis de droite et les anarchistes : les uns la jugent trop radicale, les autres insuffisante.

La réorganisation des forces de droite

Le réformisme de Manuel Azaña constitue une mise en garde sévère pour la droite. Trois étapes juridiques marquent cette période : la Loi sur les congrégations religieuses, la réforme militaire et la Loi de réforme agraire. Cela crée un profond malaise chez de nombreux catholiques, dont beaucoup étaient sincèrement républicains.

L'émergence de l'opposition monarchiste et catholique

Les anciens partisans de la monarchie dérivent progressivement vers des positions antidémocratiques. De nouveaux organismes voient le jour, comme Action Espagnole, dont la mission est de présenter la monarchie traditionnelle comme l'unique rempart contre la révolution sociale. À la fin de 1932, la CEDA (Confédération espagnole des droites autonomes) est créée ; c'est le parti de la droite catholique traditionnelle, dirigé par José María Gil-Robles. L'année suivante, Rénovation Espagnole est fondée par Calvo Sotelo, qui défend ouvertement la nécessité d'un coup d'État. De leur côté, les carlistes de la Communion Traditionaliste s'allient aux alphonsistes dans le but d'unir les forces royalistes.

Le fascisme espagnol et le mécontentement militaire

Des factions d'inspiration nationale-socialiste et fasciste créent en 1931 les JONS (Juntes d'offensive nationale-syndicaliste), qui rejoignent plus tard la Phalange espagnole, parti fondé en 1933 et dirigé par José Antonio Primo de Rivera, remarqué pour son idéologie antidémocratique et sa défense acharnée du nationalisme espagnol.

Certaines sections de l'armée tentent de canaliser le mécontentement suscité parmi les groupes conservateurs par l'octroi de l'autonomie à la Catalogne, la réforme religieuse et celle des forces armées, ainsi que par l'alarme créée par les grèves et les troubles civils. Se faisant l'écho de ce malaise, le général Sanjurjo monte un coup d'État (la Sanjurjada) en 1932 afin de forcer le virage de la République vers la droite, mais il échoue lamentablement.

Les travailleurs et l'escalade des conflits sociaux

Les conflits sociaux sont continus dès la proclamation de la République. La résistance aux réformes mène à une polarisation et à des positions extrêmes de certaines organisations de gauche, en particulier la CNT (Confédération nationale du travail, anarchiste) et l'UGT (Union générale des travailleurs, socialiste).

Le Parti communiste d'Espagne commence à s'implanter dans les campagnes d'Estrémadure et d'Andalousie, ainsi que dans les bassins miniers des Asturies et les zones industrielles de Catalogne.

Violences et répression : le drame de Casas Viejas

La polarisation extrême de la gauche entraîne immédiatement des conflits armés, souvent sanglants, entre les paysans, les masses ouvrières et les forces de l'ordre public. Les premiers s'impatientent face à l'inefficacité ou au manque de décision perçu du gouvernement de la République pour appliquer les mesures qu'il a lui-même édictées. Les événements font des dizaines de morts. Ces émeutes incluent la prise de mairies, l'incendie de registres fonciers, des occupations de fermes, la proclamation du communisme libertaire et des destructions diverses en Andalousie, en Estrémadure et dans la Manche. La répression est souvent très sanglante, comme lors du massacre perpétré dans le village de Casas Viejas (Cadix). La responsabilité politique de cet événement incombe pleinement au gouvernement, laissant le biennat réformiste mortellement blessé.

La fin du biennat réformiste et les élections de 1933

Tout au long de l'année 1933, la crise de la coalition gouvernementale socialiste-républicaine s'accentue. Le pouvoir perd la confiance d'une partie des classes moyennes et se trouve discrédité par la dureté des mesures policières prises pour contrôler l'ordre public. Dans ces conditions, Azaña démissionne ; le président dissout le Parlement et convoque des élections pour novembre 1933.

Le Biennat Noir : la République de droite (1933-1936)

Cette nouvelle période, également connue sous le nom de République de droite, s'étend entre décembre 1933 et février 1936. Les élections de novembre 1933 donnent la victoire aux partis de centre et de droite, réunis autour du Parti Radical de Lerroux et de la CEDA de Gil-Robles, avec des programmes basés sur la révision de la Constitution et de la législation réformiste.

En dépit d'être le plus grand parti (115 députés), la CEDA ne reçoit pas l'ordre de former un gouvernement. La gauche et le président Alcalá Zamora accusent la coalition de droite d'être antirépublicaine, fasciste et totalitaire. Le président préfère confier l'exécutif au Parti Radical de Lerroux (arrivé en deuxième position).

La Révolution d'octobre 1934

Le 5 octobre 1934, le Premier ministre nomme trois membres de la CEDA au gouvernement, un événement qui déclenche la Révolution d'Octobre. Lerroux dirige des gouvernements de révision, d'abord perçus comme modérés, puis de plus en plus conservateurs et catholiques après la Révolution d'Octobre.

Le frein aux réformes et l'impact de la crise économique favorisent l'augmentation de l'agitation sociale et la radicalisation de la base du PSOE et de l'UGT. L'aile gauche socialiste, dirigée par Francisco Largo Caballero, radicalise son discours et prône ouvertement la révolution sociale, en refusant de collaborer avec les forces républicaines bourgeoises. Dans ce contexte, le secteur modéré, dirigé par Indalecio Prieto, reste en faveur d'une union avec les républicains de gauche pour assurer la stabilité de la République et la poursuite des réformes.

Pour la gauche, les élections de 1933 et l'entrée de la droite au gouvernement ressemblent à la fin de la République et au début d'un chemin vers une dictature fasciste. Lorsque les ministres de la CEDA entrent au cabinet, la gauche socialiste, les anarchistes et les communistes lancent une insurrection armée et appellent à une grève générale.

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