Théorie de la Danse : Composition et Analyse Chorégraphique

Classé dans Sport et éducation physique

Écrit le en français avec une taille de 11,04 KB

I. La danse selon Tribala (1987)

Tribala est une chorégraphe qui classe la danse en quatre catégories :

  • Mystique : disparue de nos civilisations actuelles. Ces danses ont un fondement émotionnel, symbolique et rythmique.
  • Thérapeutique : se pratique beaucoup dans les centres, en thérapie, pour les maladies psychiques. Le taï-chi peut se classer dans cette catégorie.
  • Distractive : danse pratiquée uniquement pendant le temps de loisir, pour le plaisir de danser.
  • Scénique ou artistique : danse pratiquée dans un but de spectacle (ex : ballet), destinée à un public.

La classification de Françoise Lombard (1989)

Elle classe, peu de temps après, la danse en trois catégories :

  • À vivre : danse des pays pauvres, des classes sociales basses. Ce sont des danses pratiquées pour se démarquer (tango, capoeira, salsa…).
  • À voir : elles donnent lieu à un spectacle.
  • Mixte : mélange des deux.

Définitions et plans d'analyse

Danse : activité polymorphe (forme) et polysémique (sens) avec un fond culturel qui sera caractérisé par le souci d'exprimer, d'évoquer par le moyen d'une forme corporelle destinée à créer un impact. Danser, c'est produire seul ou à plusieurs des formes motrices qui vont être signifiantes pour quelqu'un.

  • Plan affectif : conduite intentionnelle d'expression pour communiquer des informations destinées à créer un impact sur quelqu'un d'autre.
  • Plan moteur : mobilisation expressive du corps.
  • Plan cognitif : mise en forme de l'imaginaire du sujet ou du groupe ; cet imaginaire va alimenter l'œuvre produite.

Analyse technique et esthétique

Caractéristiques esthétiques :

  • Aspect chorégraphique : conception et développement du thème.
  • Interprétation : exécution motrice du danseur.
  • Appréciation de la chorégraphie : grâce à une adéquation gestuelle en rapport avec le thème choisi.
  • Richesse et subtilité des gestes effectués.
  • Logique de développement.
  • Paramètres de la composition : espace, temps, relation entre les danseurs. Aspect scénographique, interprétation formelle et fonctionnelle.

Composantes de l'action motrice

Symbolisation : mélange de l'imaginaire, de l'association d'idées, regroupement, combinaison et auto-stimulation. Il s'agit de jouer sur les composantes du mouvement pour construire une distanciation du réel.

II. Les inducteurs du mouvement

  • Le corps : bouger, sauter, glisser, courir, marcher. Plus il y a de déplacements, plus c'est riche. Il faut varier les qualités de mouvement et utiliser différents appuis du corps.
  • L'espace :
    • Niveaux : bas, moyen, haut.
    • Directions : avant, arrière, diagonale.
    • Orientations : face, profil, dos.
    • Formes : rond, carré, ligne, colonnes...
    • Distance : proche, lointain.
  • Les objets : accessoires, supports visuels.
  • Le monde sonore : bruits, sons, chants (sans paroles).
  • Les autres : ceux qui dansent avec ou contre moi ; la communication avec autrui.
  • Le thème : le monde physique, l'élément dans lequel je me trouve, le lieu, l'époque ou le personnage.

III. L'utilisation de l'espace en danse

Tout espace occupé dégage une signification en danse.

L'espace propre (Perez, 1992)

L'espace propre est l'espace interne du danseur. Il fournit un ensemble de sensations proprioceptives et extéroceptives mises en jeu dans le mouvement. Il est lié à la perception interne, à l'imaginaire et aux représentations mentales. Il donne un sens au geste. On utilise les sensations visuelles et tactiles, la circulation de l'énergie, la mise en jeu de la respiration et la régulation du tonus musculaire.

L'espace corporel proche (Von Laban, 1980)

C'est la bulle qui enveloppe le danseur. Von Laban parle de l'intersection des trois plans (sagittal, frontal, horizontal). Cette sphère donne douze directions.

  • Kinésphère : le centre est le corps du danseur, principalement son centre de gravité.

L'espace de déplacement et l'espace scénique

L'espace de déplacement est l'air disponible pour le mouvement ; s'y inscrit le tracé du parcours des danseurs perçu par le spectateur.

  • Direction : avant, arrière, devant, derrière, en haut, en bas... Le centre du danseur sert de référence.
  • Orientation : se définit d'un point de vue extérieur.
  • Niveau : bas, moyen, haut.
  • Trajet : description des mouvements dans l'espace.
  • Dimension : mouvement de plus ou moins grande amplitude effectué obligatoirement dans l'espace proche.

L'espace scénique concerne le rapport acteur/spectateur et les déplacements sur scène. Il intègre les lieux de forces de la composition chorégraphique.

L'espace entre les danseurs

Il se définit par deux rapports topologiques :

  • Stable : du rapprochement à l'éloignement maximal.
  • Instable : déplacement, croisement, rencontre, éloignement, rapprochements.

Tous les espaces entre les danseurs sont chargés de significations différentes selon les cultures.

Les lieux de force sur scène

  • Avant de la scène : proche du public, transmet les émotions, la sympathie et l'attirance.
  • Le haut de scène : la pureté et l'exaltation.
  • Bas de la scène : la mort, le retour aux sources.
  • Diagonales : la progression.
  • Le fond de la scène : le mystère.
  • Ligne courbe : la folie, l'hésitation.
  • Spirale : la vitesse, la force, la possession, le tournis.

Espace créé ou suggéré : faire comprendre quelque chose au public. Espace créé avec un objet : pas forcément réel, il pose le décor mais on peut danser dessus. Espace créé par un déplacement.

IV. Les relations entre les danseurs

Ces relations dépendent de la qualité d'écoute entre les danseurs.

Relation danseur/danseur

Il existe un rapport corporel où l'on se sert de l'énergie de l'autre. Le mouvement individuel et celui du groupe doivent être réalisés en même temps, en alternance ou en canon. Les regroupements se font dans un rapport topologique stable ou instable.

Relation danseur/spectateur

On envoie un message pour laisser une trace, pour faire comprendre l'intention (écoute des consignes, cohésion du groupe). La lisibilité peut être transparente (clarté pour le spectateur) ou volontairement floue.

Pour cela, on utilise :

  • Des contacts variés : regard, surface corporelle, portés, poussées, etc.
  • Des espaces variés : formes de regroupement, nombre de danseurs, distance, orientation, action spatiale.
  • Des changements de rôles : faire pareil, faire le contraire ou être complémentaire.
  • Une prise de repères variés : visuels, kinesthésiques, auditifs, etc.

V. Les rôles sociaux en danse

  • Le danseur : il transforme sa motricité pour la rendre expressive. Il sert et restitue un projet pour produire de l'émotion chez le spectateur.
  • Le spectateur : il doit être ouvert à la proposition et y rechercher un sens. Il fait jouer sa sensibilité selon son éducation et sa culture, tout en acceptant l'écart culturel (ex : l'émotion du flamenco sera différente pour un néophyte).
  • Le chorégraphe : il choisit une idée, construit un discours et un mode de développement. Il prend position par rapport à des normes esthétiques et organise l'espace de communication.

Principes de création et de composition

  • La création : processus personnel caché débutant par une improvisation.
  • La composition : organisation des éléments pour construire l'œuvre. C'est un choix, un tri pour organiser le message selon une structure d'écriture.

Définition de la composition chorégraphique : agencement et combinaison des matériaux chorégraphiques dans l'espace et le temps pour obtenir une structure, une mise à distance du réel et une succession de choix.

Les différents procédés chorégraphiques

  • La répétition : répétition d'un mouvement ou motif, immédiate ou décalée.
  • Le canon : répétition d'un motif les uns après les autres avec un pas régulier.
  • La cascade : effet produit par un mouvement exécuté successivement de manière décalée (ex : la "ola").
  • Le contraste : création d'oppositions pour la mise en valeur.
  • Amplification/diminution : répétition en augmentant ou diminuant les caractéristiques spatiales, temporelles ou énergétiques.
  • Symétrie et asymétrie : imitation par action identique ou opposée (ex : jeu du miroir).
  • L'inversion : répétition d'une phrase à l'envers (ex : mime d'une journée du coucher au réveil).
  • L'unisson : les danseurs réalisent la même chose en même temps (synchronisation).
  • La transposition : réalisation d'un mouvement dans un espace ou avec une énergie différente.
  • L'accumulation : addition d'actions à partir d'un geste de base.
  • Le contre-point : enchaînement de mouvements différents dans le même temps.

Les différents types d'expressivité

  • Le narratif : chercher à faire comprendre une histoire ou un fait.
  • L'évocateur : suggérer quelque chose (ex : simuler une conversation invisible).
  • Le formel : production d'effets sans symbolique, centrée uniquement sur le mouvement.

Entrées associées :