La Transition Démocratique Espagnole (1975-1978)
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Transition et ordonnance de 1978
À la mort de Franco, Juan Carlos Ier entama son règne en tant qu'héritier désigné. L'opposition démocratique plaçait ses espoirs en lui. Arias Navarro, président du premier gouvernement de la monarchie, fut largement critiqué pour son passé franquiste. Son gouvernement hétéroclite, incluant Fraga, ne présenta aucun programme politique novateur, se contentant de faire l'éloge de Franco et de son régime, s'identifiant ainsi aux secteurs les plus conservateurs (le « bunker »). Le manque de leadership permit aux médias de manifester en faveur de la démocratie et de l'autonomie.
Le gouvernement dut faire face à des problèmes majeurs : grèves constantes, montée du terrorisme (ETA et GRAPO) et rejet de la réforme. Craignant de perdre l'initiative politique, le roi remplaça Arias Navarro par Adolfo Suárez. Ce dernier s'avéra être un homme sensible au désir de changement de la société. Il forma un gouvernement composé de ministres jeunes et réformateurs, attirant à la fois les défenseurs du régime et l'opposition.
Son activité politique fut toutefois entravée par le terrorisme, notamment l'assassinat spectaculaire de cinq avocats rue Atocha, ainsi que par l'« opération Galaxia », une tentative de coup d'État impliquant des militaires et des civils. À cela s'ajouta une crise économique aggravée, déclenchant de nouvelles grèves. Face à cette situation, le gouvernement décida d'accélérer la Loi pour la Réforme Politique (LRP), visant à transformer le système franquiste en une société démocratique fondée sur la souveraineté populaire, le suffrage universel, l'élaboration d'une constitution et le respect des droits humains. Le texte fut soumis à référendum et entra en vigueur le 4 janvier 1977.
L'adoption de la LRP poursuivait deux objectifs : la restauration des libertés et la convocation d'élections démocratiques. Depuis la mort de Franco, les partis étaient illégaux ; le gouvernement dut donc les légaliser, notamment le PCE, une démarche portée personnellement par Suárez. Ce dernier forma l'UCD, tandis que la droite s'organisa autour de l'Alliance populaire de Fraga. L'opposition se mobilisa également via le Conseil démocratique (1974) et la Plate-forme de convergence démocratique, formant ensemble la « Platajunta ».
L'opposition défendit la rupture démocratique pour mettre fin au régime et réclama un gouvernement provisoire fort, une amnistie générale, des libertés politiques et la reconnaissance des nationalités historiques. Les manifestations intenses du printemps 1976 forcèrent le gouvernement à accélérer les réformes. Les Pactes de la Moncloa furent une réponse à la crise économique, avec deux objectifs : réformer et réorganiser l'économie face à la récession, au manque d'investissement et à la hausse des prix du pétrole. La politique juridique garantit alors la liberté d'expression, de réunion et d'association.
L'étape suivante fut la convocation d'élections. Selon la LRP, les tribunaux furent composés du Congrès des députés et du Sénat. Avec un taux de participation de plus de 78 %, l'UCD remporta le plus de voix sans obtenir la majorité absolue, forçant le président à négocier les réformes avec les autres partis. La première tâche fut la rédaction d'une Constitution par la Commission des affaires constitutionnelles. Approuvée par référendum fin 1978, cette Constitution intégra les caractéristiques des démocraties occidentales : État social et démocratique de droit, souveraineté nationale, monarchie parlementaire, garantie des droits de l'homme et séparation des pouvoirs (législatif au Parlement, exécutif au gouvernement, judiciaire aux juges indépendants).
En 1977, Suárez initia le processus autonomique. La première étape fut le rétablissement de la Generalitat en Catalogne, suivi du Conseil général basque. La Constitution prévit deux voies : une voie rapide pour les nationalités historiques (Catalogne, Pays basque, Galice, puis Andalousie) et une voie plus lente pour les autres régions. Le processus fut conditionné par la LOAPA, aboutissant à 17 régions autonomes, plus Ceuta et Melilla. La nation espagnole est définie comme indissoluble, tout en bénéficiant d'une large autonomie.