Transition démocratique espagnole après Franco : réformes, opposition et Pactes
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La transition démocratique
1. La transition démocratique : La mort de Franco marque le début de la transition vers la démocratie. Elle vise à éviter un effondrement de la société et bénéficie du soutien de la Couronne ainsi que de certains secteurs franquistes opposés aux réformes. Carlos Arias Navarro et Juan Carlos de Borbón apparaissent au centre des premières décisions : Juan Carlos est proclamé roi d'Espagne, légitimé par le régime franquiste, tandis que Arias Navarro est nommé chef du gouvernement.
Parmi les premiers actes, Miranda (Torcuato Fernández-Miranda) est nommé président du Parlement et Arias Navarro conserve la présidence du gouvernement ; il maintient le contact avec l'opposition et les dirigeants européens. Le roi souhaite créer une monarchie démocratique, engager des réformes constitutionnelles et législatives et agir dans le cadre légal. Il ne bénéficie pas immédiatement du soutien de la droite ni de la gauche, mais cherche à parvenir à un consensus.
Arias Navarro engage quelques réformes limitées, jugées insuffisantes et contradictoires. Les protestations contre le gouvernement s'aggravent par des grèves ; l'attitude autoritaire d'Arias provoque des affrontements et des morts, notamment lors d'incidents comme Montejurra (conflits entre carlistes). Face à la situation, le roi obtient la démission d'Arias Navarro et nomme Adolfo Suárez.
Tous se méfient de Suárez en raison de son passé sous le franquisme, mais il commence à démanteler les bases juridiques de la dictature et intensifie les contacts avec l'opposition :
- Amnistie pour les prisonniers politiques (hors crimes de sang).
- Dépénalisation des organisations politiques.
- Abolition de la Cour de l'Ordre public chargée de la répression politique.
- Réglementation du droit de grève.
Le pays connaît des problèmes liés au terrorisme (par exemple, la mise à mort de cinquante avocats du travail). Il existe une forte tension au sein de l'armée, avec des intentions de coup d'État évoquées, et la crise économique s'aggrave.
Le Parlement approuve la Loi sur la Réforme Politique destinée à créer des Cortes bicamérales élues au suffrage universel ; l'objectif est de rétablir la souveraineté populaire, les droits individuels et l'autorisation politique. Pour mettre en place la démocratie, les partis politiques, jusque-là illégaux, doivent être légalisés.
Le PSOE est légalement autorisé avant la fin de l'année ; le chef du PCE, Santiago Carrillo, suscite des débats internes mais finit par proposer la légalisation de son parti. Enfin, il est convenu, comme condition politique importante, de ne pas remettre en cause la monarchie, malgré l'inconfort que cela engendre au sein de certains secteurs de l'armée. Suárez forme l'UCD en réunissant des groupes minoritaires réformistes de diverses obédiences.
Opposition et consensus
2. L'opposition et le consensus : Après la mort de Franco, le mouvement démocratique espagnol s'organise : le PCE et la plate-forme de convergence démocratique, liée au PSOE, jouent un rôle central. Avec la politique d'Arias, des grèves se multiplient ; les événements de Vitoria provoquent davantage de protestations et accroissent le ralliement à l'opposition.
La Plate-forme démocratique et la Convergence démocratique se rapprochent et forment une coordination connue sous le nom de Platajunta (coordination démocratique). Elle défend la rupture démocratique pour mettre fin au régime et appelle à :
- Un gouvernement provisoire fort.
- Une amnistie générale.
- Les libertés politiques.
- La reconnaissance des nationalités historiques.
- Des élections constituantes.
Suárez et les Cortes agissent ouvertement et la coordination démocratique évolue positivement. L'unité politique se renforce avec la Plate-forme des Organisations Démocratiques (POD) ; la coordination syndicale (SOC) appelle à une grève générale pour des revendications économiques et contre la loi sur la réforme politique.
Finalement, la Loi sur la Réforme Politique (LRP) est adoptée lors d'un référendum : elle procède au démantèlement des institutions de Franco et permet la légalisation des partis politiques en vue de tenir des élections. Il y a eu de nombreuses manifestations, mais la plupart furent pacifiques.
Pactes de la Moncloa
Les Pactes de la Moncloa sont conclus dans un contexte marqué par la crise économique, les tensions sociales et le terrorisme. Ils visent à surmonter la régression économique du pays et à donner une image de paix et de compréhension. Ces accords portent sur :
- La réforme et la réorganisation de l'économie pour faire face à la récession, au manque d'investissement et à la hausse des prix du pétrole (objectifs : baisse de l'inflation, réduction du déficit extérieur).
- Des mesures politiques et juridiques pour garantir la liberté d'expression, de réunion et d'association.
- La réglementation des moyens de communication et la réforme du code pénal, entre autres.
La violation des engagements pris a affecté certains syndicats et organisations ; les acteurs impliqués dans ces pactes participent ensuite à la création de la Confédération espagnole des organisations d'employeurs (CEOE).