La Transition Espagnole : De la Dictature à la Démocratie

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Le début de la transition démocratique en Espagne

L'immobilisme, les réformateurs et la rupture

Au début de la transition, la scène politique espagnole était divisée : certains défendaient le maintien du régime sans Franco (l'immobilisme), d'autres prônaient une réforme promue par les institutions pour aboutir à la démocratie, tandis que la majorité souhaitait une rupture totale avec la dictature afin de construire un système politique fondé sur les forces démocratiques.

Juan Carlos de Bourbon a été proclamé roi. Le gouvernement de Carlos Arias Navarro a d'abord poursuivi sur sa lancée, intégrant dans son cabinet des personnalités comme Areilza et Fraga. Cependant, le gouvernement d'Arias Navarro a présenté devant les Cortes un programme pariant sur la continuité du franquisme. Il proposa des lois extrêmement restrictives sur la liberté de réunion et d'association, ne prévoyant pas l'existence des partis politiques.

L'opposition a alors pris l'initiative politique en présentant un programme commun pour toutes les forces antifranquistes. Les organes unitaires créés durant les dernières étapes du franquisme ont rejoint la Coordination Démocratique (la "Platajunta"). Sa proposition visait l'instauration de la démocratie via un gouvernement provisoire et des élections générales, jetant ainsi les bases d'un nouveau système politique. Les forces antifranquistes exigeaient les libertés démocratiques et l'amnistie pour les prisonniers politiques, alors que les conflits sociaux augmentaient. Des grèves générales furent enregistrées en Catalogne, au Pays Basque (notamment à Vitoria). À Madrid, certains secteurs ont fait grève pendant des semaines, ce à quoi le gouvernement a répondu par la répression.

Le gouvernement Suárez et la réforme politique

La situation a conduit à distinguer différentes positions : les "jusqu'au-boutistes" acceptaient la continuité et la répression policière pour faire taire l'opposition. Des massacres d'étudiants eurent lieu lors de manifestations où s'affrontaient partisans du régime et factions démocratiques (comme le carlisme). De l'autre côté, les réformateurs travaillaient pour éloigner le gouvernement de la ligne dure, privilégiant une réforme progressive du système par l'évolution des lois et des institutions franquistes.

Le roi Juan Carlos et ses collaborateurs ont forcé la démission d'Arias Navarro. Le président du Parlement a proposé comme successeur Adolfo Suárez, un jeune réformiste. Il lui fallait vaincre la résistance de la ligne dure au sein des institutions et attirer l'opposition démocratique vers son projet.

Suárez a établi des contacts avec les forces démocratiques, a publié une amnistie pour les prisonniers politiques et a proposé la Loi pour la Réforme Politique, reconnaissant les droits fondamentaux. Le principal défi fut de faire approuver cette loi par les Cortes franquistes, car elle prévoyait leur propre démantèlement et la création d'une assemblée bicamérale. Après des négociations entre le gouvernement et les procureurs franquistes, la loi fut adoptée.

La construction de la démocratie et les élections

Ce processus a ouvert la voie aux élections générales. Plusieurs décrets ont permis la liberté d'association. Les partis politiques ont été légalisés, y compris le Parti Communiste (PCE). L'amnistie pour les crimes politiques a été prolongée. La légalisation du PCE, bien que contestée par la ligne dure, a été un pari sur le processus démocratique, surtout après le tragique massacre des avocats d'Atocha (liés aux commissions ouvrières CCOO). La décision de Suárez de légaliser le parti a provoqué une crise gouvernementale mais a garanti la légitimité démocratique du processus.

Les premières élections démocratiques

En 1977, les partis de gauche (PSOE, PCE...) se préparaient pour les élections. À droite, Manuel Fraga a créé l'Alianza Popular. Le gouvernement, de son côté, a formé l'Union du Centre Démocratique (UCD) autour de Suárez. Les élections générales se sont déroulées dans le calme avec une forte participation. L'UCD a triomphé, et Suárez a formé le premier gouvernement démocratique de l'Espagne après la guerre civile.

La Constitution de 1978

La première tâche des nouvelles Cortes fut d'élaborer une constitution démocratique. Un comité formé de députés de tous les partis représentés a rédigé le texte. Cette rédaction a lancé la politique du consensus, visant à résoudre les questions clés pour la construction de la démocratie. L'adoption d'une constitution progressiste mais parfois ambiguë a permis d'obtenir le soutien de la gauche et de la droite. Elle a été approuvée par référendum le 6 décembre 1978. Cette constitution définit l'Espagne comme un "État social et démocratique de droit" organisé sous forme de monarchie parlementaire, où la Couronne représente l'État et l'armée est soumise au pouvoir civil.

Caractéristiques principales :

  • Caractère non confessionnel de l'État.
  • Déclaration des droits fondamentaux et des libertés.
  • Abolition de la peine de mort.
  • Castillan comme langue officielle.
  • Établissement d'un Tribunal Constitutionnel et d'une économie de marché.
  • Droit à l'autonomie des nationalités et des régions.

Le statut des autonomies et la décentralisation

La Constitution réglemente la décentralisation des pouvoirs de l'État et permet la création de communautés autonomes. Ce processus a connu deux étapes : la pré-autonomie et l'autonomie politique.

La première pré-autonomie fut accordée à la Catalogne, marquant le retour du président Josep Tarradellas. Un gouvernement provisoire composé de Catalans prônant l'autonomie fut établi. Par la suite, des conseils généraux furent créés au Pays Basque et en Galice.

La Constitution a offert à toutes les régions la possibilité de devenir des communautés autonomes, chacune régie par un Statut d'Autonomie avec son propre parlement et gouvernement. Deux procédures furent établies : une voie rapide pour les "nationalités historiques" et une voie plus lente pour les autres. La Navarre a bénéficié d'un mécanisme spécial. L'adoption des statuts de la Catalogne et du Pays Basque a ouvert la marche, suivie par la Galice et l'Andalousie.

Crise économique et défis de la démocratie

Une crise économique internationale majeure

La crise internationale, déclenchée par la hausse des prix du pétrole, a plongé l'économie espagnole dans une récession grave. L'inflation a entraîné une perte de compétitivité des exportations et un doublement du déficit commercial. Bien que la dépréciation de la peseta et les revenus du tourisme aient initialement atténué le choc, la crise énergétique a provoqué une profonde crise industrielle. Les secteurs de l'acier, de la construction navale et des biens d'équipement furent durement touchés, entraînant une forte hausse du chômage.

Le Pacte de la Moncloa et le consensus politique

Face à ces problèmes, une entente entre le gouvernement et les forces d'opposition était indispensable. Ils signèrent le Pacte de la Moncloa, une série d'accords pour réorganiser l'économie et définir un programme d'action politique.

Sur le plan politique, il s'agissait de conformer la vie publique aux principes démocratiques. Sur le plan économique, l'objectif était de réduire l'inflation et de répartir les coûts de la crise via une maîtrise des dépenses publiques, une réforme fiscale et un nouveau cadre de relations sociales. La réforme fiscale a modernisé la structure des impôts en Espagne (introduction de l'impôt sur le revenu et sur le capital), alignant le pays sur les standards développés et préparant l'avènement de l'État-providence.

Les ennemis de la démocratie et le terrorisme

Certains secteurs ont utilisé la violence pour déstabiliser le pays. Les menaces provenaient de l'extrême droite, de l'armée et du terrorisme. Des groupes violents comme le Triple A tentaient d'empêcher la consolidation démocratique. Des tentatives de coup d'État, comme l'Opération Galaxia, ont également eu lieu.

À l'extrême gauche, le terrorisme était représenté par des organisations comme le GRAPO ou le FRAP. Cependant, l'activité terroriste la plus intense provenait de l'ETA, dont les attentats ont coûté la vie à de nombreuses personnes. En Catalogne, l'organisation Terra Lliure a commis plusieurs attaques et enlèvements avant de se dissoudre.

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