Le Travail et la Technique : Transformer la Nature
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I. Le travail, transformation de la nature par l'homme
A. La distinction entre l'homme et l'animal par la technique
Ce qui distingue l'homme de l'animal, c'est sa capacité à travailler la nature, c'est-à-dire à la transformer en utilisant des moyens qui lui sont propres, à commencer par l'outil.
Technique : On appelle technique l'ensemble des procédés utilisés par l'homme pour transformer la nature par le travail. Ces procédés n'appartiennent pas eux-mêmes à la nature : une canne à pêche, même rudimentaire, n'est pas un simple bâton. Les moyens techniques ont évolué au cours de l'histoire, mais l'homme a toujours su construire des outils et des machines pour transformer la nature et faire évoluer son travail.
- Sur les chantiers des pyramides, les ouvriers utilisaient déjà des outils, comme des leviers pour transporter les blocs.
- Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, de nombreuses inventions ont révolutionné le travail de l'homme, comme la machine à vapeur qui a permis de voyager plus rapidement et de transporter plus facilement les marchandises.
- Aujourd'hui, une part très importante de la population travaille sur des ordinateurs. Ces nouveaux outils ont envahi les bureaux et transformé considérablement la façon de travailler.
La technique permet à l'homme d'inventer et de fabriquer des outils qui vont l'aider dans son travail et lui faciliter la tâche. Aucun autre animal étudié pour le moment n'est capable de faire cela. En effet, certains animaux peuvent utiliser des instruments, mais ils ne créent pas d'outils. Les instruments sont des objets à fonction unique qui sont comme des prolongements du corps. Ainsi, le chimpanzé peut utiliser un bâton pour atteindre un objet ou de la nourriture hors de sa portée et le ramener à lui. L'homme, quant à lui, est capable de fabriquer des outils qui ont des fonctions multiples et de perfectionner cet outil.
L'opposition entre l'animal et l'homme, entre l'instrument et l'outil, symbolise l'opposition entre la nature et la culture. L'animal s'adapte à son environnement, l'homme transforme son environnement par le travail. Seul l'homme possède une culture, car il possède la technique. Certaines dispositions naturelles anticipent l'activité technique, donc l'activité culturelle. Ainsi, l'usage de la main (la préhension, c'est-à-dire la capacité à saisir des objets avec la main grâce au pouce opposable) favorise l'homme. On peut même considérer la main comme un "outil naturel", le premier de tous, qui favorise l'homme et prépare l'invention des véritables outils. Toutefois, cela n'est pas suffisant puisque le chimpanzé, qui possède une main similaire, n'a pas de technique. Anaxagore dit que "l'homme pense parce qu'il a une main". La vérité est que l'homme a une main parce qu'il pense.
B. La technique pour transformer la nature
La technique ne cesse d'évoluer puisqu'au cours de l'histoire, l'homme ne cesse de perfectionner les outils qu'il utilise. Chaque savoir ou savoir-faire en appelle un autre. De ce fait, la technique est un moteur de l'histoire puisqu'elle permet l'évolution du travail de l'homme et la démultiplication des possibilités de transformation de la nature. La technique possède un caractère cumulatif : chaque machine ou outil inventé permet d'en créer d'autres, directement ou par combinaison.
Ainsi, la coutellerie, artisanale au départ, devient une production en série où des machines produisent elles-mêmes ce qui était autrefois un outil. Utilisé comme arme, le couteau, arme "blanche", est progressivement remplacé par l'arme à feu qui utilise elle-même une autre technique. Certaines grandes inventions techniques ont permis à l'homme de maîtriser davantage son environnement et de faciliter son travail :
- La roue : c'est le premier mécanisme qui permet de transformer un outil en machine simple. Ainsi, grâce à la roue, l'homme a créé la poulie ou encore le treuil.
- Le levier : aussi fondamental, il dépend directement de la connaissance géométrique et est combiné avec la roue dans l'engrenage, système de machines simples.
- L'automate : la multiplication des rouages a permis de créer une machine complexe. L'engrenage en est le prototype, il était utilisé comme support des machines mécaniques divertissantes d'Héron d'Alexandrie au Ier siècle.
- La machine moderne : elle permet de transformer une source d'énergie en une autre. Ainsi, la machine à vapeur transforme l'énergie thermique de la vapeur d'eau en énergie mécanique permettant de faire avancer un train.
- La machine programmable : elle repose sur l'information. L'information est une notion scientifique comme celle d'énergie. On parle également de "machines abstraites" ou "virtuelles" pour désigner le langage dans lequel est "codée" l'information. Ces machines ont envahi le monde du XXIe siècle : ordinateurs, robots ou encore pilotes automatiques.
Ainsi, chaque nouvelle invention technique a permis de révolutionner le travail de l'homme et a transformé la nature. Joseph Schumpeter et Karl Marx ont insisté sur le caractère décisif de l'innovation technologique dans la transformation du monde par l'homme. "Le moulin à eau vous donnera la société avec le suzerain [le seigneur de la société féodale], le moulin à vapeur, la société avec le capitalisme industriel."
Martin Heidegger : La technique et la maîtrise du monde
Si l'homme a transformé la nature en construisant des villes, il a également réussi à maîtriser, d'une certaine façon, le temps. Les TGV permettent à l'homme de traverser très rapidement des distances considérables, et les avions passent d'un continent à l'autre en une seule journée. Le monde habité par l'homme n'a ainsi plus rien de "naturel".
Heidegger conçoit la technique comme un "arraisonnement", c'est-à-dire une mise à la raison, presque une "mise au pas" du monde naturel. René Descartes déjà définissait la technique comme une manière de rendre les hommes "maîtres et possesseurs de la nature". La prise de conscience écologique montre toutefois que l'homme n'est pas satisfait de cette transformation, par le travail, de la nature qui n'est pas, comme on le dit dans le langage courant, une source inépuisable de richesses. Ainsi, au XIXe siècle, Thomas Malthus montrait déjà que le rendement de l'agriculture diminue au fur et à mesure qu'augmente le nombre des hommes.